C’est le rêve de tous les banquiers centraux pour sortir de cette crise. Pensez donc ! « Ma » monnaie baisse, alors j’importe des biens et des services plus chers. Si je veille (bien sûr) à ce que les salaires ne montent pas trop chez moi, avec cet objectif d’inflation à 2 % que je répète sans cesse, je fais coup triple. D’abord, cette inflation importée fait baisser le taux d’intérêt réel de la dette (taux nominal moins inflation). Ensuite, elle fait augmenter les profits domestiques, puisqu’il est possible de vendre plus cher, en interne et en externe. Enfin, elle fait préférer les productions internes, puisque ce qui est importé vaut plus cher.

Mais toutes les monnaies ne peuvent pas baisser à la fois ! C’est le drame, qui explique ce qui se passe actuellement.

Dollar d’abord. Parmi les monnaies qui ont baissé pour sortir de crise, c’est le meilleur exemple. La baisse des taux courts puis le maintien de taux longs assez bas (par l’achat de bons du Trésor par la Banque centrale américaine, la Fed) ont fait baisser le dollar, mais pas seulement. Ils ont permis aux profits américains de remonter, donc à la bourse, avec des salaires stables. L’euro n’a eu d’autre choix que d’accepter cette hausse, alors même que la zone était frappée de la même crise structurelle, plus ses problèmes.

Yen ensuite. La Banque centrale japonaise se lance dans des achats de bons du Trésor japonais qui dépassent de très loin, en pourcentage du PIB, ce que font les Etats-Unis. Le Japon ne sait pas sortir de la déflation dans laquelle il est entré il y a des années, après l’éclatement de sa bulle immobilière et boursière. Maintenant, c’est le pays industrialisé le plus endetté du monde en rapport à son PIB – et le plus vieux.

Euro alors, dès que la Banque centrale européenne à la possibilité légale d’acheter des bons du Trésor pour faire baisser ses taux courts et longs : janvier 2015. Mais ce n’est significatif que si les Etats-Unis, qui ont largement profité du dollar faible, remontent leurs taux – donc le dollar. Et le Royaume-Uni est lui aussi attendu dans cette remontée, sauf qu’il dit qu’elle ne l’arrange pas vraiment, en plein Brexit.

Yuan maintenant ! On s’était tellement habitué à entendre que le yuan était sous-évalué et manipulé qu’on avait oublié les années de hausses de salaires en Chine, supérieures aux voisins de la région. La Chine, qui veut se développer par la demande interne, peine à exporter. Elle veut aussi que le yuan devienne une monnaie internationale de réserve et entre dans le panier des DTS, Droits de tirage spéciaux, la monnaie internationale gérée par le FMI. Pour cela, le yuan doit fluctuer, donc pouvoir baisser et s’internationaliser. Ceci fera sortir encore plus de yuans du pays, avec la baisse qui s’ensuit.

La monnaie pétrole baisse alors ! C’est une monnaie réelle, qui se stocke sans difficulté sur une très longue période. Face au ralentissement économique, la monnaie pétrole baisse, ce qui n’aide évidemment aucun des pays exportateurs, surtout si ses coûts d’exploitation sont élevés. L’Arabie Saoudite est relativement avantagée (avec quand même un déficit budgétaire qui va vers 20 % de son PIB). Elle en profite quand même et lutte contre le pétrole de schiste américain, affaiblit la Russie, prend les devants par rapport à l’Iran. Mais si les pays émergents ralentissent, alors les prix des produits agricoles et alimentaires, les produits minéraux vont baisser aussi. Chacun va laisser fléchir sa monnaie : Algérie, Venezuela, Afrique du Sud, Brésil – encore ! L’Arabie Saoudite seule ne peut pas… puisque elle est attachée au dollar ! Et si les matières de base baissent, comment importer de l’inflation, puisque la monnaie baisse ! Les seuls prix qui montent sont ceux des services, avec les hausses internes de salaires.

Alors il faut que les banques centrales continuent d’acheter des bons du Trésor au Japon et en zone euro, le temps que le dollar remonte – avec ses hausses de taux. Alors, il faut continuer à voir baisser les prix du pétrole, le temps que les puits non rentables ferment : les hausses du prix du baril suivront. La Banque centrale américaine prendra tout son temps, après décembre, dans une course de lenteur avec l’Angleterre. La baisse du yuan a fermé le jeu mondial. Aujourd’hui, grâce notamment à la baisse du dollar, les Etats-Unis, premiers dans la crise, sont les premiers à en sortir – seuls. Ils doivent en payer le prix en dollars – seuls.

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