Parler de « victoire à la Pyrrhus » ne suffit même pas aux marchés financiers pour imaginer ce qui va se passer après ce « succès de David Cameron ». « Victoire à la Pyrrhus » ? Allusion à celle de Pyrrhus 1er contre les Romains. Si coûteuse en hommes, elle lui aurait fait dire : « encore une victoire comme celle-là, et nous sommes perdus ». En effet, il ne s’agit peut-être pas seulement d’une victoire qui pourrait affaiblir David Cameron, mais aussi ses voisins et alliés, autrement dit l’Union européenne dans le jeu mondial que nous vivons.

Pyrrhus

A priori, David Cameron a gagné. Ses adversaires « classiques » ont plus que perdu : démissionné. Même son allié libéral-démocrate s’efface.

Mais cette victoire est d’abord conditionnelle : c’est une « victoire pour gagner contre les autres membres de l’Union européenne ». Si David Cameron vient de gagner, c’est pour renégocier avec l’Union un rapport de force plus favorable au Royaume-Uni. Son mandat est clair : ou il gagne dans les discussions qui vont s’ouvrir et appelle à un Référendum de soutien à ses choix, ou il appelle le Royaume-Uni à quitter l’Union. C’est donc une victoire si et seulement s’il gagne contre les autres membres de l’Union, pas les Travaillistes. Une « victoire » pas facile à obtenir et moins encore à gérer, si elle a lieu ! Des risques dans les deux cas, donc.

Cette victoire cache ensuite le succès écossais, source de l’effondrement travailliste. Attendons-nous à ce que plus de pouvoirs soient donnés aux différentes composantes du Royaume-Uni, Ecossais bien sûr mais aussi Gallois et Irlandais. Que deviendra alors la puissance du 10 Downing Street ? Et faute de ces dévolutions de pouvoir, autrement dit si David Cameron ne tient pas ou pas assez parole, un nouveau référendum écossais menace – bien plus risqué cette fois. Une « victoire » qui conduit donc à l’affaiblissement du « vainqueur ».

Cette victoire est aussi très temporaire : la remontée des marchés financiers, bourse et livre sterling, est en demi-teinte. On verra dans « quelque temps » disent-ils. Et ce « quelque temps » est proche : 2017. David Cameron s’est engagé avant cette date à infléchir la ligne de Bruxelles et à proposer un vote à ses concitoyens pour rester ou quitter l’Union. On verra en temps réel ce qui se passe.

Une victoire contre qui ? Que peut demander David Cameron à qui ? Plus de souplesse dans les règles européennes ? Moins d’intrusions dans ce que fait chacun ? C’est au Parlement de voir. Une façon différente d’aborder la stratégie économique sociale pour changer et échanger, donc négocier avec les Etats-Unis ou le Japon ? C’est plutôt à la Commission qu’il s’adresse. Un traitement spécial pour la City ? Mais à qui en parler et au nom de quoi ? En plus il y a partout des Traités signés, en général appuyés par les peuples, notamment pour la monnaie unique. Pas facile de savoir ce que peut demander et obtenir David Cameron, sachant que la City ne veut pas voir le Royaume-Uni s’éloigner de l’Union, pas plus que les Ecossais !

Et si la zone euro contre-attaquait ? Et si elle posait la question de confiance au RU : celle de son entrée dans la zone euro ? Là, il y aurait de quoi négocier : des avantages pour un centre financier mondial incontesté, pour la zone et sa monnaie, avec les garanties que ceci implique en cas de crise. N’oublions pas les risques récents qu’a dû affronter la City, comparés à ceux de Wall Street. Elle ne pourra le faire une autre fois. Mais ce n’est pas ce que David Cameron a en tête !

Voilà pourquoi les marchés financiers, après la victoire contre ce Labour devenu très à gauche, se demandent ce qu’ils gagneront vraiment dans les mois à venir, avec en contrepartie la quasi-certitude d’entrer dans une période de doutes de l’économie britannique et de la Livre, avec hausse des taux et inquiétude des investisseurs à la clef.

Quand le patron de HSBC se demande pourquoi ne pas retourner à Hong-Kong, c’est-à-dire dans la zone monétaire du Yuan, il vend la mèche. Dans un monde à trois grandes monnaies : dollar, euro et Yuan, la City est en porte à faux. Trop forte pour le Royaume-Uni, elle n’est pas assez appuyée par et sur l’euro. Dans la bataille mondiale des places financières, New-York/Hong-Kong/Londres, ce n’est pas de la « victoire de Cameron » qu’il s’agit, mais de celle – stratégique – de l’Europe. Une victoire à ne pas perdre.

Chaque semaine, au travers du Weekly Briefing, je vous livre un regard économique et financier sur la conjoncture et l’actualité. Si vous êtes intéressé, cliquez pour vous abonner.