Emmanuel Macron nous appelle à nous déprendre d’un capitalisme naïf, théorique, inconscient des réalités, autrement dit des enjeux de pouvoir. Chiche ! De fait, la meilleure façon de renforcer son propre capitalisme, autrement dit de le déniaiser, c’est de lui donner le moyen de résister d’abord, de s’étendre ensuite. On connaît bien ce moyen : il est unique, même si ces noms sont nombreux : profitabilité, marge, profit, RoE (Return on Equity) – comme on voudra. Naïf ou pas, le capitalisme moins rentable qu’un autre est toujours en fâcheuse posture. Or c’est bien ce qui nous arrive en France par rapport à la zone euro et en zone euro par rapport aux Etats-Unis et à la Chine.

Or on sait comment devenir plus rentable : en osant plus dans un monde plus ouvert, plus innovant, plus libre. La flexibilité de l’emploi, la simplicité des procédures, la force du contrat au sein de l’entreprise, la qualité des liens de compréhension dans les territoires et dans les filières sont les ingrédients de ce succès. Le profit est une base pour se développer, mais aussi la conséquence d’un vaste ensemble qui comprend bien sa nécessité et son rôle.

Aujourd’hui, le profit n’est pas assez là parce que la culture du profit n’est pas là. Ce serait naïf de le nier. Profit : il ne s’agit pas d’exploitation, mais de prise de risque, de motivation, d’innovation, de conquête, et aussi de dialogue, de conviction, de transparence – dans un monde plus ouvert donc plus informé, plus informé donc plus réactif.

Sauf à ce que le dirigeant politique soit naïf, il sait bien que le capitalisme ne peut avancer que si la puissance publique lui en fournit les moyens, et au moins réduit ses entraves. On sait ce qu’il en est pour le code du travail, les seuils sociaux… Le profit trop faible de nos entreprises pour avancer dans cette sortie de crise, en se comparant notamment à ce qui se fait ailleurs, Allemagne, Espagne et désormais Italie montre les efforts à faire partout, et le courage à manifester.

Règles dangereuses : c’est bien là qu’il faut aider à la renaissance des marges, précondition de la reprise, de l’investissement et de l’emploi. Seuils sociaux, ISF, principe de précaution… on connaît la liste de ce qui nous freine et explique que manquent aux entreprises françaises 6 à 8 % de VA de marge par rapport à l’Allemagne. On comprend pourquoi les moyennes ne grandissent pas et pourquoi les petites se vendent trop tôt.

Règles fausses : elles sont européennes et mondiales et concernent le financement de l’économie à moyen et long terme. On connaît la règle de liquidité (dite LCR) qui demande aux banques de garder des obligations au moment où elles pourraient se remplumer en vendant les leurs à la BCE tout en gardant bien sûr des actifs éligible à la BCE, toujours pour des raisons de liquidité. Pourquoi aujourd’hui les obliger à garder leurs obligations, au moment même où la BCE les achète à prix d’or ? On connait moins la règle (dite Solva 2) qui demande aux assurances de garder, elles aussi, des obligations. On connaît moins encore la part de cette règle de prudence qui leur demande de mettre des fonds propres en contrepartie des actions qu’elles achètent, ce qui en renchérit le coût au moment même où on cherche des actionnaires… français, européens et en plus de long terme !

On voit bien que cette sortie de crise n’est pas une question de naïveté mais plutôt de compréhension de ce qui change et plus encore de courage pour l’affronter. Dans ce domaine, il n’est pas mauvais que l’exemple vienne d’en haut, ce qui n’empêche pas chacun d’agir pour changer et faire changer.

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