Lorsque l’on sait qu’en moyenne, un véhicule reste stationné 95 % du temps, son achat peut paraître absurde pour qui n’attache pas d’importance particulière à la possession d’une automobile. De plus, en Europe comme aux Etats-Unis, le taux d’occupation d’une voiture, c’est-à-dire le nombre de passagers à bord lors d’un déplacement, est particulièrement bas. Dans certains pays, l’existence de voies réservées aux véhicules à occupation multiple, c’est-à-dire transportant au moins deux passagers, comme les carpool lanes aux USA, en est une manifestation. Avec les contraintes budgétaires des ménages et le taux d’urbanisation élevé de nos sociétés, il n’est pas surprenant de voir les consommateurs se tourner vers des modes de mobilité alternatifs. Covoiturage et autopartage gagnent donc en popularité, et cette tendance, les constructeurs automobiles l’ont bien remarquée.

Acheter une voiture en commun, partager un trajet… Ces pratiques ne sont pas nouvelles, depuis toujours, elles permettent de diminuer les coûts de propriété et/ou d’utilisation d’un véhicule. Ce qui se produisait naturellement dans un cercle restreint – la famille, les amis, ou même une entreprise – peut désormais s’effectuer à grande échelle grâce à la technologie.

Plus encore que les ordinateurs, les appareils mobiles, smartphones et tablettes, constituent de fantastiques facilitateurs de rencontre entre offre et besoin et encouragent la création de communautés massifiées, organisées autour de la détention (autopartage) ou de la destination (covoiturage). La révolution est en marche, il n’est plus nécessaire de se connaître pour faire partie de la même tribu. Avec la notoriété croissante des BlaBlaCar, carpooling.fr, 123Envoiture.com et autres UberPop & UberPool, le monde automobile s’est découvert de nombreux disrupteurs. Alors, épiphénomène ou réelle entrée du loup dans la bergerie, l’engouement pour les services C to C (client to client) dans la mobilité mérite que l’on s’y attarde.

Si les motivations diffèrent – financières ou écologiques –, le résultat est le même : la tendance va croissante, plébiscitée par de plus en plus de Français, principalement citadins. La jeune génération a été la première à adopter ces usages, via des sites dédiés, elle va continuer à le faire et de plus en plus. Selon notre dernière étude sur l’automobile vue par la Gen Y, parmi les nombreux moyens de transports qui s’offrent à eux, les 18-31 ans attribuent à la voiture partagée un pourcentage d’utilisation de 9,1 % dans les cinq ans à venir.

Le paiement, un argument en faveur des constructeurs

Grâce au numérique, les conducteurs peuvent partager les frais, les passagers s’y retrouver financièrement. Oui, mais… Quel est le bon prix, à qui va l’argent, par où transite-t-il ? Certaines personnes ne sont pas vraiment rassurées à l’idée de communiquer leurs coordonnées bancaires à un site en ligne dont elles ignorent la solidité financière, voire même la fiabilité. Les actualités relatives aux fraudes et aux failles de cyber sécurité inquiètent.

Sur ce point, les constructeurs ont une carte à jouer. S’ils se positionnent comme intermédiaires entre les utilisateurs de l’autopartage ou du covoiturage, ils peuvent représenter des interlocuteurs de confiance, déjà connus des automobilistes pour leurs branches financières (comme RCI Banque et PSA Banque pour nos deux constructeurs nationaux) et cohérents, auxquels certaines catégories de la population accepteraient plus facilement de transmettre leur numéro de carte bleue.

Pay to learn : certains acteurs ont déjà pris le tournant

Certains ont déjà esquissé un premier pas, comme Citroën qui se positionne en « facilitateur de tous vos déplacements » avec sa plateforme multicity – mais il ne s’agit en fait que de partenariats avec des sites de location entre particuliers ou de covoiturage. La prochaine étape vraiment disruptive serait d’intégrer directement à bord des véhicules les moyens de partager facilement son trajet ou sa voiture. Ce serait par ailleurs un argument de vente supplémentaire pour convaincre les acheteurs : le véhicule, aujourd’hui uniquement perçu comme centre de coût, pourrait potentiellement devenir centre de profit grâce à des technologies embarquées.

Ainsi, PSA vient d’acquérir 20 % du capital de la plateforme de covoiturage domicile-travail Wedrive, et l’application pourrait figurer sur les ordinateurs de bord des modèles du constructeur dès 2015. Ces initiatives montrent bien que les constructeurs automobiles sont de plus en plus conscients que le rapport à la voiture est en train de changer. Plutôt que de le nier, ils ont intérêt à devenir partie prenante du phénomène. D’une certaine manière, leur entrée dans ces pratiques va transformer la jungle de l’autopartage et du covoiturage en zoo : les romantiques n’y trouveront sûrement plus leur compte, mais le grand public pourrait trouver ça plus pratique…

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