En collaboration avec Véronique Monier, Associée responsable Economie circulaire, BIO by Deloitte.

Alors que la finitude des ressources de la planète se concrétise peu à peu, les modèles économiques évoluent et la propriété des biens est supplantée par l’usage. Ces métamorphoses ne concernent pas uniquement les particuliers, car les entreprises sont tout aussi impliquées. Ce d’autant plus que les pouvoirs publics font pression pour agir sur l’ensemble du cycle de vie des produits.

Extraire, produire, consommer, jeter : tel était le modèle historique linéaire, qui ne se voyait pas en cause tant que de nouvelles ressources étaient disponibles, moins chères que la veille.

Mais à partir des années 2000, le prix des matières premières a connu une croissance rapide et durable, avec comme caractéristiques la volatilité et les risques d’approvisionnements. Cette tendance a envoyé un signal fort aux entreprises, la nécessité d’opérer une mutation profonde de leurs modèles économiques.

Grâce aux possibilités offertes par les sites Internet ou les applications, des sociétés se sont même créées à partir de cette tension, permettant aux utilisateurs de mutualiser, co-utiliser, prêter, ou troquer des voitures, des logements, des robes… parfois plus par souci du portefeuille que par conscience écologique ou sociale. Quoi qu’il en soit, il ne fait aucun doute que ce mouvement va représenter des parts de marché de plus en plus importantes.

Cependant, pour la plupart des entreprises traditionnelles, agir sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit ou d’un service n’est pas une mince ambition. C’est la seule manière de réduire efficacement les impacts environnementaux mais dans la plupart des cas, la complexité des chaînes de valeur limite l’application pratique de cette approche.

Malgré les difficultés de mise en œuvre, les acteurs n’ont plus tellement le choix. Les politiques publiques, en particulier européennes, veulent agir dans le sens d’une extension des responsabilités des producteurs. C’est par exemple le cas des politiques de responsabilité élargie des producteurs (REP), qui consistent à faire porter par les producteurs la responsabilité ou le financement de la gestion des déchets issus de leurs produits.

C’est aussi le sens des réglementations portant sur l’écoconception. Aujourd’hui, elles couvrent notamment la phase d’utilisation des produits consommateurs d’énergie mais bientôt, l’affichage environnemental devra tenir compte des impacts sur l’ensemble du cycle de vie. Ces mesures vont dans le sens d’une internalisation complète des externalités environnementales par le producteur, en passant par une extension progressive de ses responsabilités.

Les entreprises sont donc confrontées à trois tendances de fond :

– l’accroissement des coûts et des risques liés à l’approvisionnement en matières premières ;
– l’orientation de la consommation vers l’usage plutôt que la propriété de biens matériels ;
– la pression croissante des pouvoirs publics vers une extension des responsabilités à l’ensemble du cycle de vie des produits.

Ces trois aspects préfigurent une mutation profonde des modèles classiques de production vers des modèles d’économie circulaire, où chaque entreprise ferait en sorte d’acquérir la maîtrise de l’ensemble du cycle de vie de son produit. Ainsi, le producteur serait en mesure d’optimiser l’ensemble des étapes et de maîtriser les externalités correspondantes. Le produit redeviendrait alors, en fin de cycle d’usage, une ressource grâce aux composants et matières premières qui le constituent.

Le modèle d’économie de fonctionnalité dans lequel le producteur reste propriétaire des biens mais vend leur usage au consommateur plutôt que le bien lui-même constitue l’aboutissement de cette démarche d’extension des responsabilités et de réorganisation du cycle de vie des produits.

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