En collaboration avec Alexis Lemeillet, consultant BIO by Deloitte, Sustainability Services.

Avant d’être un concept à la mode, l’économie circulaire est surtout un immense champ d’opportunités, ouvert aux entreprises comme aux acteurs publics, pour améliorer leur performance économique et environnementale. En ce qui concerne les entreprises, que peuvent-elles faire mieux ? Concrètement, comment s’insérer dans l’économie circulaire ?

À la manière des Stoïciens qui distinguaient ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas, il convient de différencier ce que les entreprises contrôlent de ce qu’elles ne contrôlent pas.

Ce que l’entreprise contrôle : viser une utilisation efficace des ressources

L’entreprise n’a besoin de personne d’autre qu’elle-même pour améliorer l’utilisation qu’elle fait de ses ressources. Trois axes d’amélioration, présents dans chaque entreprise, peuvent être dégagés.

Tout d’abord, l’amélioration des processus. La technique d’analyse des flux de matières (Material Flow Analysis) permet de repérer très facilement les principales pertes de tout processus de transformation : combien entre, combien sort, combien est perdu et où ? De nombreux exemples démontrent le succès de ce type d’analyse : un sous-traitant de l’industrie automobile, en optimisant la préparation et l’application de peinture, a pu réduire ses achats matières à hauteur de 68 %.

En second lieu, l’appellation générique d’écoconception désigne l’amélioration continue des produits par réduction systématique de leurs impacts environnementaux tout au long du cycle de vie, de la production jusqu’à leur fin d’usage. On peut citer à titre exemple le cas d’un fabricant de camions réfrigérés, qui a réduit le poids de ses véhicules de 16 % – entraînant, entre autres effets positifs, une chute de la consommation d’essence en phase d’utilisation. Mies van de Rohe le dit en une phrase célèbre, « Less is more » !

Une fois les processus et les produits optimisés, l’approvisionnement s’en voit logiquement réduit : les consommations intermédiaires chutent (ainsi que leur coût total). Mais l’amélioration des chaînes d’approvisionnement ne s’arrête pas à une réduction des quantités. En effet, il est également souhaitable que l’approvisionnement gagne en qualité, en substituant par exemple le plastique recyclé au plastique vierge, le papier recyclé au papier classique, l’énergie renouvelable à l’énergie fossile. Des labels environnementaux, comme l’Écolabel européen, peuvent orienter les entreprises vers les consommables plus respectueux de l’environnement.

Pour adopter un raisonnement réellement circulaire, l’entreprise a besoin de partenaires

Une entreprise seule peut améliorer significativement sa performance environnementale, et devenir vraiment plus efficace dans l’utilisation qu’elle fait de ses ressources et ainsi réduire sa facture. Cependant, la transition vers un business model plus circulaire ne se fera pas sans alliés : par définition, il est impossible qu’une entreprise s’engage seule dans la voie de l’économie circulaire ! Au contraire, l’économie circulaire exige que l’entreprise soit ouverte à de multiples opportunités de partenariats.

Une première piste de collaboration intéressante consiste à faire de ses voisins des associés – c’est l’écologie industrielle. Projet de territoire par excellence, l’écologie industrielle repose sur le principe d’échange de flux de matières et d’énergie, selon lequel les déchets des uns deviennent les ressources des autres. L’exemple le plus connu est le parc éco-industriel de Kalundborg, au Danemark, qui intègre aujourd’hui des dizaines d’échanges et permet d’éviter chaque année l’émission de 240 000 tonnes de C02 (soit l’équivalent de 32 000 Européens).

Une autre possibilité déjà exploitée par certains acteurs est de faire des produits que l’on vend des ressources que l’on récupère – c’est la logistique inverse. Chaque entreprise peut créer son propre système de logistique inverse, en récupérant par exemple chez ses clients les produits (usagés) qu’elle leur a vendus. L’exemple des fontaines à eau de bureau, fonctionnant sur un système de consigne, illustre très bien ce système. Il est également possible d’unir ses forces pour collecter les produits en fin de vie : c’est le principe des éco-organismes. Il s’agit bien de transformer le déchet en ressource et, par le moyen d’une solution logistique adéquate, de maîtriser son approvisionnement en matières premières désormais secondaires.

Enfin, et ce modèle se développe de plus en plus, il est également possible de transformer un produit en service – c’est l’économie de la fonctionnalité. L’exemple le plus connu est celui de Xerox, qui loue ses imprimantes-photocopieurs au lieu de les vendre. Une des principales conséquences de ce type de business model est d’inverser complètement la perspective de production, en éloignant toute tentation d’obsolescence programmée et en incitant à la conception d’un produit le plus durable possible.

Dépassant l’enchaînement linéaire « extraire – produire – consommer – jeter », l’économie circulaire représente un immense champ d’opportunités pour les entreprises, afin d’adopter des business models plus durables et résistants, y compris d’un point de vue économique. En effet, toutes les stratégies d’entreprises présentées ici sont autant de pistes pour à la fois réduire les coûts et créer des emplois.

Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à nous contacter.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la vidéo « How to become a Green SME in a Circular Economy ». Centrée sur les PME, cette vidéo présente des stratégies également valables pour les grands groupes :