Souvent injustement critiquées, les banques n’ont pas créé de raréfaction du crédit. Elles ont plutôt dû faire face à une raréfaction de bons projets… Cependant, le jour où les ETI vont se remettre à investir les limites des banques vont très certainement se faire sentir, et ce malgré la pratique de la titrisation qui permet de dégonfler les bilans.

Or, ce jour pourrait être très proche : selon Standard & Poor’s, les ETI françaises auront besoin de 800 mds€ dans les prochaines années pour se refinancer et financer leurs investissements. Les ETI seront donc contraintes de trouver des sources de financement alternatives au financement bancaire classique. Les temps où l’on pouvait financer sa croissance grâce à une ligne bilatérale à court terme et bon marché sont révolus : d’une question d’intendance, le financement devient enjeu stratégique.

Parmi les nouveaux modes de financement désintermédiés apparus ces dernières années, la famille des placements privés (PP) retient l’attention des ETI, le marché obligataire restant l’apanage des gros émetteurs.

Euro Private Placements, de quoi s’agit-il ?

Un placement privé est une opération de financement à moyen ou long terme entre une entreprise (cotée ou non) et un nombre limité d’investisseurs institutionnels (assureurs, assets managers…) ; il s’agit d’une opération conclue hors secteur bancaire ou marchés financiers et de gré à gré sur la base d’une documentation ad hoc (contrat obligataire ou de prêt). Si les USPP et le Schuldschein (allemand) sont déjà relativement anciens et standardisés, tel n’est pas le cas de l’Euro PP dont le cadre d’exécution (la charte des bonnes pratiques et quelques modèles juridiques) vient juste d’être publié par l’association française des trésoriers d’entreprise, l’association française des investisseurs institutionnels et l’association française des marchés financiers. Soulignons enfin que les Euro PP ne requièrent aucune notation.

Euro PP : quels avantages pour les ETI ?

Ils sont au nombre de trois. En premier lieu, le recours à l’Euro PP entraîne une diversification des sources de financement en élargissant le cercle des prêteurs (desserrement d’une éventuelle contrainte bancaire) et, en termes d’équilibre bilantiel, permet de placer des ressources longues en face de projets à long terme. Il offre ensuite des conditions assez flexibles : les remboursements sont généralement in fine, ce qui libère des cash-flows à court terme contrairement à une dette amortissable, et il est possible de prévoir plusieurs tranches de financement assorties d’un nombre raisonnable de covenants. Enfin, dans un contexte de taux et de spreads de crédit bas, l’Euro PP est une solution de financement compétitive, dont la mise sur pieds est assortie de frais annexes modérés (listing le cas échéant[1], frais juridiques…).

ETI, comment vous y préparer ?

Réponse de Normand car un financement standard, ça n’existe pas. Au même titre que les autres types de financement, l’Euro PP, qui connaît certes un réel engouement puisque les entreprises françaises ont levé 3,9 mds€ sous cette forme en 2013, n’est pas accessible à toutes les entreprises à n’importe quelle période. Avoir une idée arrêtée sur un type de financement revient à prendre le risque de conclure une opération financière à des conditions insatisfaisantes pour l’emprunteur, voire un risque d’exécution. Alors comment faire, comment s’y préparer ? Tout simplement en prenant le temps, pour le dirigeant, de bien analyser la situation de son entreprise à travers une réflexion poussée sur sa structure de financement (dettes vs. fonds propres) et son profil de liquidité. Ai-je besoin d’allonger la maturité de mon endettement dans le cadre d’un refinancement global de mon groupe ? Dois-je libérer des cash-flows à court terme pour financer un investissement dont le pay-back n’est pas immédiat ? Quel est le niveau d’information que je suis prêt à rendre public selon que les obligations soient cotées ou non ? De la réponse à ses questions découle une solution de financement, dont l’Euro PP, qui a séduit nombre d’ETI depuis son lancement.


[1] Dans ce cas d’espèce, seul l’instrument de dette est « listé », pas l’emprunteur.