101,3 milliards d’euros par an : ce montant astronomique est celui du coût économique et financier de la pollution de l’air en France. Il avait été pointé en juillet dernier par une commission d’enquête sénatoriale dédiée, et largement relayé dans les médias. Ce type d’estimation monétarisée d’impacts environnementaux, complexe à réaliser mais extrêmement instructive, peut orienter les pouvoirs publics dans certaines décisions. Aujourd’hui, ce sont les entreprises qui commencent à s’y intéresser, en l’appliquant notamment à l’analyse du cycle de vie (ACV).

Si les premières notions économiques liées à l’environnement sont anciennes, l’évaluation en termes monétaires des impacts environnementaux est une pratique relativement récente : cela fait une vingtaine d’années que certains acteurs s’en servent pour peser le pour et le contre en matière de politiques publiques, en réalisant des analyses coûts-bénéfices sur des thèmes spécifiques. La Banque mondiale y a par exemple recours, afin d’octroyer ou non le financement nécessaire à certains projets de développement.

A leur tour, certaines grandes entreprises perçoivent les avantages d’une telle approche. Il peut non seulement s’agir d’établir un compte de résultat environnemental (environmental profit and loss account) mais aussi d’appliquer la monétarisation au niveau d’un produit ou d’un service. En effet, en monétarisant les impacts environnementaux calculés à partir d’une analyse de cycle de vie traditionnelle, les acteurs privés peuvent disposer d’un outil d’aide à la décision, susceptible d’influer sur des arbitrages clés en matière d’investissements ou de stratégie produits. Ils anticipent également une évolution sociétale qui conduira à une internalisation progressive de certaines externalités (e.g. le prix du carbone). La monétarisation a différents avantages : grâce à la référence monétaire, elle permet de comparer des options qui ne sont a priori pas comparables, de mettre en perspective des coûts d’investissements par rapport au bénéfice (notamment environnemental) espéré – autrement dit, de déterminer si un surcoût « vaut le coup »… – ou encore de se positionner par rapport à un référentiel global.

Des méthodes développées au cas par cas

L’analyse du cycle de vie est aujourd’hui standardisée, encadrée par une série de normes internationales (ISO 14040), cependant les méthodes de monétarisation de l’ACV sont encore en développement. Selon l’entreprise, mais surtout selon le produit ou le service étudié, il est nécessaire de raisonner au cas par cas, en identifiant des valeurs de marché pertinentes sur lesquelles s’appuyer. Prenons l’exemple de l’érosion d’un mur : le coût monétaire de ce processus peut être retranscrit par le coût du ravalement de ce mur… Bien entendu, lorsqu’on se penche sur des enjeux liés à la vie humaine ou à la biodiversité, il est très difficile de déterminer une valeur de marché. Il faut donc construire un raisonnement ad hoc, fondé sur les théories économiques actuelles, tenant compte des préférences des individus. Ce type de raisonnement soulève également parfois des questions éthiques (comment aborder la question de la « valeur monétaire statistique » d’une année de vie, l’unité qui sera utilisée pour retranscrire les impacts de certaines molécules émise dans l’environnement sur la santé humaine ?) qui requièrent des méthodologies solides et étayées.

Plus qu’une question d’image, cette démarche peut être utile au secteur privé, car de plus en plus d’entreprises veulent aller plus loin dans la réduction de leurs impacts environnementaux : cependant, elles veulent réaliser cet objectif en faisant les choix les plus pertinents, et en s’assurant que les éventuels surcoûts de développement ou de production sont correctement dimensionnés par rapport aux bénéfices obtenus en termes d’externalités environnementales.

Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.