La simplification de l’information financière est dans l’air du temps. Il faut dire que la pertinence et la lisibilité de l’information financière ont été un peu perdues de vue sous l’influence des nombreuses réglementations visant à renforcer, à juste titre, la transparence.

La forte vague de régulation française et européenne (*) ayant impacté les groupes français depuis le début des années 2000 a en effet naturellement accru la volumétrie et la complexité de l’information financière publiée par ces derniers.

Le résultat est désormais sans appel : l’information financière réglementée est jugée trop complexe et souvent illisible. On lui reproche également de ne pas être suffisamment synthétique pour pouvoir révéler les fondamentaux du modèle économique et de la stratégie. On observera d’ailleurs que les documents de référence ont vu disparaître les « Message du Président » qui avaient pourtant le mérite de donner le ton. Dès lors, l’écart se creuse entre l’information dite réglementée et les informations obtenues par d’autres biais (présentations analystes, site internet et médias sociaux).

Cette perception se trouve confortée par une étude de l’ACCA (**) conduite auprès d’un panel d’investisseurs britanniques. Selon 45 % d’entre eux, le rapport annuel, devenu trop complexe, est perçu comme une source d’information moins utile que par le passé pour leur prise de décision, ce qui les conduit à privilégier des supports moins traditionnels comme l’information en ligne et les médias sociaux.

Pour les entreprises, il existe donc un risque réel de voir se réduire leur maîtrise de l’information utilisée par le marché, avec des impacts directs sur les cours de bourse.

Conscientes de ces enjeux, certains groupes se sont lancés dans des chantiers de refonte et de simplification de l’information financière, visant notamment les comptes IFRS et le document de référence. L’objectif est de réconcilier les documents réglementaires avec la communication financière. Il n’y est pas uniquement question de volumétrie des publications des sociétés cotées, mais également de pertinence, de cohérence et de lisibilité de l’information. À l’ère du digital, il s’agit aussi de rendre plus ergonomique, plus interactive et plus connectée, donc plus fluide l’information financière en imaginant des solutions innovantes pour les utilisateurs.

Mais si le constat est communément partagé, il faut en convenir : l’exercice de simplification et de refonte n’est pas aisé. En effet, le terrain de jeu n’est pas libre, car la communication financière est en réalité très encadrée et très normée. Il est également plus difficile qu’on ne le pense de faire évoluer les comportements des professionnels s’estimant souvent plus à l’aise dans une approche de complétude (compliance).

Simplifier impose au contraire d’engager une véritable réflexion sur le fond des messages, sur la hiérarchie et la matérialité des informations. Cela nécessite de mobiliser toutes les parties prenantes au sein de l’entreprise (directions financière, juridique, relations investisseurs…), d’intégrer la vision des organes de gouvernance et de répondre aux attentes du marché. Bref, de véritables projets fédérateurs au sein d’une organisation pour construire une vision commune !

Et tout laisse à penser que c’est le moment opportun.

Le projet Disclosure Initiative de l’IASB qui inclut un volet sur la matérialité devrait pouvoir donner un point d’ancrage à la réduction des informations annexes dans les comptes IFRS. Le sujet de la simplification de l’information financière alimente également de nombreuses réflexions en France et en Europe avec des études à paraître prochainement.

Du côté de l’AMF, l’impulsion est également donnée. La publication du guide AMF d’élaboration des documents de référence à destination des valeurs moyennes et petites et l’encouragement fort de l’AMF à engager une réflexion sur les comptes sont autant de signaux qui montrent que nous sommes à la croisée des chemins.

Les groupes qui saisiront ces opportunités seront sans doute gagnants à terme. Il suffit de voir l’intérêt des « Strategic report » publiés par les entreprises britanniques pour finir de se convaincre. Avec une présentation équilibrée de la stratégie, des risques et de la performance passée, ces rapports permettent de mieux comprendre la trajectoire de l’entreprise et les leviers de création de valeur.

(*) Loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE), loi de Sécurité Financière (LSF), règlement sur les normes comptables IFRS, directive et règlement Prospectus, directive Transparence…
(**) Association of Chartered Certified Accountants

Si ce sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.