Le continent africain a des besoins en infrastructures et en accès à l’énergie considérables, estimés respectivement à 90 et 25 milliards de dollars par an. L’an dernier déjà, nous avions souligné à quel point le déficit d’infrastructures rejaillit sur la croissance du PIB, la productivité des entreprises et la compétitivité des affaires : il s’agit donc d’un chantier majeur pour les entreprises du continent. Mais l’enjeu est aussi de financer ces grands projets, sans perdre en maîtrise et en indépendance. En effet, si les bailleurs internationaux peuvent participer, il faut que l’Afrique trouve ses propres financements.

Investissements étrangers, financements multilatéraux, capital-investissement, partenariats public-privé sont autant de solutions existantes et en plein essor pour apporter les ressources attendues. Mais le continent peut aller au-delà, car des financements sont là, sur place, susceptibles d’être exploités.

Quelles sont les ressources potentielles identifiées ?

Il est clair que sur le papier, il n’y a pas de recette universelle, la réponse varie en fonction des pays – les solutions méritent toutefois d’être pensées à des échelles régionales, car le financement des grands projets structurants nécessite une forte collaboration entre acteurs et une volonté d’harmonisation des cadres réglementaires et des actions. Par exemple, les Bourses africaines sont nombreuses (on en recense 23), mais la plupart d’entre elles sont peu actives : des Bourses régionales seraient plus influentes.

L’objectif est de mettre à profit les moyens actuels pour les optimiser et les rediriger selon les besoins. Ainsi, l’Afrique dispose d’un système bancaire et de compagnies d’assurance, sur lesquels capitaliser. Par ailleurs, des fonds de pension locaux se mettent en place, notamment dans des pays d’origine anglo-saxonne comme le Kenya ou le Nigéria. Ces ressources doivent donc être réorientées afin de servir les projets d’infrastructures et d’accès à l’eau et à l’électricité, trois aspects vitaux pour le développement de l’industrie.

L’accroissement du taux de bancarisation est un levier majeur, et sur ce point l’on constate des écarts très importants selon les pays. Le Maroc, avec un taux d’environ 60 %, compte parmi les mieux positionnés. En revanche, le taux de bancarisation des pays de l’union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est inférieur à 15 %. Or qui dit taux de bancarisation dit aussi taux d’épargne. Certains Etats sont parvenus à faire croître la bancarisation en rémunérant leurs fonctionnaires exclusivement par virements bancaires.

Les fonds de pensions spécialisés en infrastructures grâce à des financements locaux ou mixtes sont aussi en progression. La problématique, également valable pour les fonds d’investissements, réside dans l’attente d’un taux de retour très élevé rapidement. Or, il est clair que la construction d’un barrage ne permet pas d’exiger un ROI de 15 à 20 % dès la première année… Il y a là un défi de communication, afin de privilégier la vision et les enjeux plutôt que la rentabilité à très court terme.

La réforme des retraites, par la capitalisation sur le secteur formel, est une piste à explorer. Ainsi, au Nigéria, des réformes ont été menées pour collecter l’épargne retraite sous forme de fonds. Le caractère informel d’une part conséquente de l’économie limite la dimension de la collecte, mais c’est une opportunité croissante, d’autant plus qu’on assiste à l’émergence d’une classe moyenne.

Le cadre réglementaire jouera un rôle décisif

Parmi les possibilités à creuser pour favoriser le financement des investissements de grande ampleur, il se trouve que les activités de leasing sont très réduites, faute de cadre réglementaire associé. C’est l’une des illustrations démontrant que l’environnement réglementaire peut jouer un rôle déterminant, et ce pour plusieurs sujets.

Car certes, l’Afrique produit de la richesse, encore faut-il retenir les ressources financières présentes avant de chercher à en mobiliser de nouvelles. Pour y parvenir, des réformes fiscales importantes doivent être menées afin de contrer les fuites massives de capitaux. L’autre objectif est d’élargir la base des contribuables, sachant que l’obstacle de l’économie informelle doit être surmonté… Il est donc essentiel d’inciter les acteurs à rentrer dans l’économie formelle, en rendant cette démarche attractive via des avantages en matière d’investissements, ou des avantages sociaux.

Des réformes bancaires sont également requises, de façon à renforcer la confiance des particuliers. Il peut s’agir aussi de favoriser les transferts de la diaspora – à titre d’exemple, l’envoi de fonds provenant de Sénégalais vivant à l’étranger représente 10 % du PIB du Sénégal.

Globalement, la question de la confiance est centrale, en tant que condition sine qua none à l’existence d’un climat des affaires favorable. L’Ile Maurice et le Rwanda ont ainsi réussi à mobiliser des ressources financières dédiées aux infrastructures via des emprunts obligataires : l’opération s’est déroulée avec succès car ces pays bénéficiaient d’une image positive, avec un environnement sécurisant. La création de système de notation spécifique pourrait constituer une option appropriée.

Enfin, les partenariats public-privé sont au cœur des réflexions, car ils constituent une solution de financement efficiente pour les infrastructures dédiées à l’énergie électrique, aux transports, télécommunications, ainsi qu’à l’eau et à l’assainissement. Pour gagner en ampleur et en efficacité, ces partenariats doivent s’inscrire dans un cadre harmonisé en matière de droit des marchés publics et des délégations de service. A cette fin, l’EUMOA et ses instances continuent de travailler sur le cadre réglementaire et institutionnel des PPP au niveau régional.

C’est donc un long chemin qui s’annonce, pour une Afrique très centrée sur les matières premières, mais dont le modèle est en pleine transition. Le développement d’un marché de consommation est l’une des principales évolutions attendues, et il requiert la bonne marche de l’industrie locale : dès lors, le financement des infrastructures est incontournable.

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