Les dirigeants de PME et d’ETI françaises sont de plus en plus nombreux à anticiper une hausse de leurs investissements dans les mois à venir. C’est une nouvelle encourageante lorsque l’on sait combien est capitale la contribution de ces entreprises à l’innovation, à la création de richesse et d’emploi dans notre pays. Mais attention : il faudra poursuivre cette accélération pour atteindre la « vitesse de libération » de la croissance française. Et pour cela, des freins doivent encore être levés, en particulier les incertitudes et le manque de disponibilité de certaines compétences.

Un voyant important passe au vert

C’était un signal attendu pour concrétiser les espoirs de reprise économique : l’investissement des entreprises semble prêt à repartir. Les entreprises manufacturières notamment, interrogées par l’INSEE en avril dernier, déclarent avoir l’intention d’augmenter de 7 % leurs investissements en 2015, après + 2 % en 2014. Leur regain d’optimisme apparaît notable : en janvier 2015 – il y a trois mois seulement – la hausse anticipée n’était encore que de 3 %. Autre indice positif, la tendance est à l’accélération : les industriels sont plus nombreux à prévoir une hausse qu’une baisse de leurs investissements au second semestre, alors qu’ils restent partagés à parts égales au premier.

Dès lors, les mesures d’accompagnement engagées par les pouvoirs publics arrivent à point nommé pour favoriser le redémarrage des investissements. Les 2,5 milliards d’euros alloués au « suramortissement » des dépenses d’équipement des entreprises représentent un coup de pouce fiscal incitatif, salué comme « réel » et « tangible » par la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises. Par ailleurs, l’accord conclu le 12 mai entre le Fonds européen d’investissement et Bpifrance fléchera 420 millions d’euros de fonds européens en direction des PME et ETI innovantes, dans le cadre du « plan Juncker ».

Si l’on songe que les seules ETI réalisent plus du quart des dépenses de R&D et 38 % des investissements du privé dans notre pays, on ne peut que se réjouir de la coïncidence entre les bonnes intentions des entreprises et des soutiens opportuns.

Mais la persistance de l’embellie reste incertaine

Il paraît encore trop tôt pour déterminer si le rebond attendu de l’investissement n’est qu’un rattrapage ponctuel ou l’amorce d’une dynamique durable.

Plusieurs signes incitent à la prudence. D’abord, dans l’enquête de l’INSEE, les fabricants de biens d’équipements s’affichent nettement plus réservés que leurs homologues des transports ou de l’agroalimentaire, et sont les seuls à réviser leurs estimations à la baisse. Or ils sont souvent précurseurs de la demande industrielle puisqu’ils produisent, entre autres, les machines-outils. Ensuite, la destination prioritaire des investissements demeure pour l’instant le renouvellement des capacités productives, de plus en plus difficile à différer après plusieurs années de désinvestissement. La modernisation, l’extension de la capacité productive, ou l’introduction de nouveaux produits, ne sont évoquées qu’après.

Pourtant, orienter les investissements des PME et des ETI vers la modernisation de l’outil productif et vers la montée en gamme est la meilleure façon d’en garantir la pérennité. A l’inverse, si ces investissements ne permettaient pas d’améliorer la compétitivité des entreprises (par simple renouvellement de l’actif existant), il faudrait craindre un feu de paille.

Innover, se développer, ces entreprises sont impatientes de le faire, mais des défis de taille persistent. Pour n’en mentionner que deux : celui de la confiance d’abord. L’Observatoire de la performance des PME/ETI d’Opinionway et Banque Palatine révélait, en avril dernier, que deux tiers de leurs dirigeants étaient toujours inquiets des perspectives de l’économie française. Réduire les incertitudes des ménages et des entreprises reste un préalable pour raffermir vraiment la demande. Une trajectoire de réformes structurelles lisible et un cadre réglementaire et fiscal stable apparaissent donc essentiels. Celui des compétences ensuite. Dans la profonde mutation économique en cours, l’enjeu n’est pas de « faire plus » ni même de seulement de « faire mieux », mais souvent de « faire autrement ». L’investissement dans le capital physique devra donc s’accompagner d’un investissement significatif dans le capital humain.

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