Janet Yellen est la « patronne » de la Banque centrale américaine, donc officiellement celle des taux courts américains, mais aussi – de fait – des taux longs, donc en fait aussi du dollar, donc de la valeur de la première monnaie du monde par rapport à laquelle toutes les autres vont s’ajuster. Cette « description de poste » illustre assez bien les responsabilités de la dame. Elles vont être fortement sollicitées dans quelque temps, quand on demandera quand et comment elle montera ses taux pour la première fois, et ce qu’elle fera ensuite.

On se doute en général que cette première hausse des taux courts aura lieu en septembre, et qu’elle sera limitée : 25 points de base au plus. Mais le début économique de cette année, assez mou, plus les derniers chiffres d’emploi, assez mous eux aussi, font penser à certains que Janet pourrait attendre pour commencer. Décembre 2015, ou alors 2016 ? Et si l’Iran signe l’accord nucléaire qui lui permettra de vendre plus de pétrole ?

La raison de ceux qui s’inquiètent de la hausse est claire : elle va en effet « mettre la pression » sur les taux longs américains, donc sur ceux des autres pays, notamment les économies en développement plus celles, fragiles, des pays industrialisés. La normalisation qui se veut modeste pourrait ainsi créer des secousses.

Au-delà de cette généreuse idée d’éviter des tensions, voire des drames, il y a aussi celle – peut-être plus intéressée – de permettre aux actions de continuer à monter. De fait, l’essentiel de la hausse de la bourse américaine est déjà fait, celle de la zone euro commence – sauf drame grec bien sûr. Reculer la hausse des taux courts, c’est donc faciliter à court terme la hausse boursière européenne et la prolonger aux Etats-Unis.

En supposant que Janet Yellen augmente ses taux en septembre, bien consciente des dangers qui l’attendent, elle sera alors jugée moins sur les explications qu’elle donne sur son geste que sur les suivants. Pour la hausse de septembre, elle dira sans doute que c’était prévu, annoncé, normal et que ne pas agir aurait plus inquiété que soulagé.

Pour la suite, elle évitera sûrement de se mettre dans une « seringue de hausses », pour normaliser la normalisation en quelque sorte, pas l’automatiser. Pourquoi ? Précisément parce qu’elle ne connait pas le futur. Elle veut conserver sa liberté et pour cela être data dependant et développer sa forward guidance. Ces notions sont décisives.

Data dependant, c’est pour elle une façon élégante de dire qu’elle va s’adapter aux circonstances, sans plan de marche préétabli. Ceci prendra d’ailleurs du temps pour normaliser, compte tenu de la crise et de sa profondeur. Et pour aider les marchés à figurer la logique de la Fed, il faudra être à même de guider les anticipations, autrement dit de préciser la trousse à outils qui sera utilisée.

Tout l’art de la forward guidance sera donc d’indiquer la logique qui sera suivie au cours du chemin, chaque point atteint étant jugé aussi en lui-même ! Pas facile : il s’agit de ne pas se laisser piéger par les marchés, de garder une marge d’incertitude et d’adaptation.

En plus, Janet Yellen n’est pas seule dans ce monde des grandes monnaies. Mario Draghi joue sa partie, avec des taux courts euro qui ne sont pas appelés à monter de sitôt tandis qu’il maintient autant que possible les taux longs euro au-dessous des américains. La messe paraît donc dite : le dollar va monter par rapport à l’euro. Ce qui l’arrange, lui…

La Chine intervient alors. Elle est dans un ralentissement qu’elle veut gérer, notamment par des baisses de taux d’intérêt, quand éclate une bulle boursière, craignant la pareille dans l’immobilier. Dans ce contexte la hausse du dollar repart, ce qui change la donne de Janet Yellen. La boucle taux d’intérêt – taux de change est très forte chez elle, raison de plus pour être de plus en plus prudente dans une forward guidance si data dependant.

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