• Les mathématiques, nous disent les anciens (Aristote), sont un ensemble de connaissances abstraites, sans rapport étroit avec les objets physiques. Les mathématiciens sont ceux qui démontrent les résultats qu’ils ont obtenus aux… « auditeurs » (akoustikoï).
  • Mais aujourd’hui, les mathématiques sur le budget grec (comme sur tout budget d’ailleurs) montrent la difficulté de l’exercice. On part toujours de la croissance, qu’on projette dans un très lointain futur (de 20 à 40 ans), avec des rentrées fiscales qu’on estime dans la durée, moins des dépenses publiques qu’on suppose gérées, en fonction de taux d’intérêt qu’on assure être maitrisés et d’une inflation qu’on espère croissante. Dans ce contexte, la dette grecque serait dite soutenable, avec un ratio dette/PIB qui irait de 1,7 PIB en 2014 vers 1,3 PIB en 2020 puis 1,2 PIB quelques années plus tard. L’amélioration est ainsi rapide, passée l’étape actuelle que nous vivons – bien sûr.
  • Car la « physique », autrement dit la réalité, rend difficile toute prévision à long terme. Rien n‘assure en effet que la croissance va se poursuivre selon la tendance prévue sans efforts particuliers, notamment sans plus de réformes encore et sans privatisations (en Grèce, comme partout ailleurs). Rien n’indique non plus, ensuite, que l’inflation remontera (en Grèce, comme partout ailleurs), allégeant d’autant la facture financière. Enfin, rien ne permet d’assurer que les excédents budgétaires vont demeurer, notamment l’excédent primaire, celui qui s’obtient avant frais financiers. Or il permet, seul, de réduire la dette en commençant à la rembourser. On sait en effet que les tensions les plus récentes en Grèce ont réduit la croissance privée – en inquiétant, que les banques sont devenues plus fragiles – avec des retraits de dépôts et que les rentrées fiscales ont baissé – avec des retards.
  • La « politique » actuelle est plus compliquée que jamais, cette « science » des affaires de la cité. Les responsables grecs ont pris des engagements forts pour être élus : refus de soutiens financiers si leurs propositions n’étaient pas acceptées, hausse des salaires minimaux, rediscussion des privatisations, fin de la Troïka (Commission européenne, FMI et BCE) qui gère le programme d’ajustement de la Grèce en fonction des avantages déjà accordés (abandon de plus de 100 milliards de dettes, allongements de la dette publique par les membres de la zone euro avec des taux très favorables) notamment. Ils se sont ainsi mis dans une situation tendue, puisque leurs ressources financières peuvent tenir un mois environ.
  • Réduire l’excédent primaire grec sans « programme », ni « Troïka » ? Pas facile. Si l’excédent primaire baisse, comme le demande le gouvernement grec, ceci réduit d’autant la pression interne, bien sûr, mais réduit d’autant aussi la capacité grecque de rembourser, augmentant alors la dette des membres de la zone euro. Ceci est difficile à concevoir sans engagements précis, même si leur contenu peut changer, et sans mettre en place des structures de vérification des efforts sous le contrôle des créanciers – quitte à trouver une autre organisation pour la Troïka, sous un autre nom bien sûr.
  • Trouver une solution acceptable pour tous ? Oui c’est l’intérêt de la zone euro, mais pas sans efforts (réduits à court terme) des grecs, avec des engagements clairs. Plus profondément, la zone euro ne peut se permettre ce type de crise : elle doit renforcer sa logique budgétaire, autrement dit améliorer sa cohérence budgétaire. Les taux d’intérêts sont bas, sauf pour la Grèce. Ils doivent le rester aussi longtemps que possible et la Grèce reconquérir la confiance des marchés. On le sait, la confiance est décisive pour la zone euro. Elle prend du temps à venir et s’envole très vite. C’est l’intérêt commun de la renforcer.

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