Métis est la première épouse de Zeus. C’est la ruse. Elle tombe enceinte de Zeus pour donner naissance à la célèbre Athéna. Mais Zeus avale Métis ! « Donc » Métis va donner naissance à Athéna… « sortie toute armée de la tête de Zeus » ! Quelle histoire (grecque) ! Assez compliquée pour bien comprendre que la ruse est la grande déesse grecque, donc qu’il est difficile de comprendre ce qui se passe au Parthénon.

Preuve : le vendredi 5 à Bruxelles à la Commission européenne dans une réunion de think tanks. 150 personnes dans la salle. A 14 heures 30, Claude Juncker parle. Il se dit épuisé après une séance de discussion avec le responsable grec. Il n’a dormi que deux heures. Il vient d’avoir Angela Merkel au téléphone et devra partir car il aura le Président Hollande dans peu de temps. Mais le message de Jean-Claude Juncker est positif : l’accord est proche, la zone euro doit résister et ne peut laisser partir la Grèce.

Le Premier ministre grec revient à Athènes. Tout ne se passe pas comme prévu. Les propositions Juncker sont jugées « absurdes »… même si l’accord est « plus près que jamais ». Ruse ? La Grèce ne paiera pas les 300 millions d’euros attendus le vendredi et préfère regrouper ses dettes du mois fin juin : 1,5 milliard. Ce n’est pas un défaut : c’est techniquement possible mais tout dépend de la suite. Ruse ?

Economiquement cependant, la situation grecque ne cesse de se dégrader. La croissance baisse de 0,2 % au premier trimestre 2015 après -0,4 % fin 2014. L’excédent primaire attendu à 3 %, revu en début d’année à 1,5 %, pourrait laisser place à un déficit devant la crise d’abord et surtout les non rentrées fiscales, liées au développement de l’économie grise. Le taux de chômage officiel dépasse 25 %. Le salaire minimum est à 684 euros, inchangé depuis mi 2012. Il était de 876 fin 2011. Les dépôts bancaires continuent leur baisse et on sait que les banques grecques sont financées par la banque centrale de Grèce, plus de 110 milliards, sous sa responsabilité.

La Grèce n’a pas seulement un problème de liquidité mais de solvabilité. Elle ne peut se sortir d’affaire qu’avec des taux d’intérêt plus bas (ils sont en moyenne de 1,5 %) et un moratoire sur les remboursements – pour la liquidité et surtout un abandon très significatif de créance – pour la solvabilité. Mais ceci n’est possible que dans un cadre mutuellement accepté, qui permettrait à la Grèce de repartir et de reconstruire son excédent primaire.

C’est là que viennent les difficultés, on s’en doute, tant il est compliqué de demander aux élus de revenir sur leurs promesses électorales de début d’année (embauches de fonctionnaires et hausse du SMIC), plus encore de baisser les retraites, plus encore de remonter les taxes indirectes. On sait que la remontée de la TVA peut mettre en péril la reprise et plus encore développer l’économie grise. Et pourtant, c’est avec moins de dépenses publiques et des entrées fiscales plus efficaces que tout s’améliorera.

On sait (ou croit savoir) que les mesures augmentant les dépenses publiques sont « repoussées ». On imagine que la question des retraites est compliquée, mais la crise de l’état fiscal (comme disait Schumpeter) est plus importante encore. En effet, si l’Etat ne peut ni connaître les masses taxables ni percevoir l’impôt, rien n’est possible. Les fuites empêcheront tout rebond. Moins d’Etat dépensier à mauvais escient – bien sûr, plus d’Etat efficace – bien sûr aussi, donc plus de privé et de privatisations efficaces, qui payent leurs impôts. Encore quelques jours dit Métis, à moins que ce ne soit l’oracle de Delphes.

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