75 %, c’est le pourcentage de Français ayant déjà pratiqué l’économie collaborative, autrement dit, trois français sur quatre ont acheté, loué, vendu ou mis à disposition des biens ou des services à d’autres particuliers. Ce chiffre illustre l’ampleur du phénomène ; que ce soit le logement, transport, financement, éducation, l’économie collaborative touche de nombreux secteurs.  Airbnb, MyMajorCompany, Blablacar…

Plus qu’un effet de mode, l’économie collaborative s’inscrit dans une transformation profonde de notre économie et de notre société. Nous passons d’un modèle d’économie capitaliste à celui d’une économie positive dont les fondamentaux changent. Pour autant, ces deux modèles ne sont pas à opposer, nous constatons en fait une certaine complémentarité entre eux. En revanche, il faut bien souligner que cette transformation s’est accélérée ces dernières années grâce au digital. Avec toutes ses composantes – objets connectés, web, mobile, social, big data, analytics – le digital a été un catalyseur pour l’économie collaborative, en offrant à grande échelle les prérequis des comportements collaboratifs, tels que le partage d’informations, la mise en relation directe, l’évaluation réciproque, etc.

Economie capitaliste - Economie positive

Les assureurs apportent de la confiance dans l’économie collaborative

Parce qu’il n’y a plus de frontière nette entre propriété/usage et utilisation privée/professionnelle, la consommation et la production collaboratives viennent bousculer les modèles économiques traditionnels et les besoins en assurance sous-jacents. Dans ce nouvel écosystème, les assureurs français ont répondu présents pour accompagner ces modes de vie : auto partage, covoiturage, location de logement entre particuliers, bientôt crowdfunding, etc. Particulièrement présents sur la mobilité, certains acteurs ont adapté des offres existantes, comme les contrats flotte de véhicules d’entreprise par exemple, pour couvrir ces nouveaux types de risques, quand d’autres comme la MACIF ont choisi de créer des produits spécifiques pour assurer ces usages inédits.

L’assurance joue un rôle essentiel dans le développement de ces nouveaux modèles économiques, notamment parce que sa carence peut bloquer l’exercice d’une activité. Citons l’exemple d’UberPop en Allemagne, où le tribunal de Francfort a invoqué le droit concurrentiel mais aussi les ambiguïtés assurantielles comme motif d’interdiction du service. Le dimensionnement de l’assurance doit aussi être le bon : suite à divers incidents, Airbnb a ainsi augmenté sa « Garantie Hôte » à un million de dollars en 2012. Hasard ou heureuse coïncidence, c’est en 2013 que le nombre de séjours a doublé (10 millions de séjours via AirBnb depuis 2007, dont 5 millions en 2013). Enfin concernant la mobilité en France, les assureurs ont là encore été incontournables pour les start-ups en amenant de la confiance et de la réassurance auprès du grand public pour ces usages, en témoigne la large communication faite autour de ces partenariats, que ce soit à la télévision ou sur leur site internet (Allianz/Drivy, Macif/Deways, Allianz/Tripndrive).

Pour les assureurs, un double défi subsiste

Le premier défi est de continuer à assurer ces nouveaux besoins avec deux systèmes coexistants (économie traditionnelle et économie collaborative) en évitant la « sur-assurance » ou la « sous-assurance ».

Il s’agit d’une part d’éviter des situations de sur-assurance ou de sur-tarification en combinant l’assurance individuelle souscrite par les consommateurs et l’assurance de plate-forme collaborative. Aux Etats-Unis, le partenariat entre Metromile et Uber répond à cette problématique en permettant aux conducteurs de soustraire le nombre de kilomètres faits dans le cadre d’Uber, afin de baisser le coût de leur assurance individuelle.

D’autre part, certains modèles encore naissants nécessitent de travailler en collaboration avec les assureurs pour affiner les besoins et éviter la « sous-assurance ». L’enjeu est donc de rester ouvert et créatif face aux exigences inédites de cette économie alors que le marché est en plein essor et s’ajuste avec une régulation balbutiante. Prenons l’exemple du crowdfunding : suite à l’ordonnance du 30 mai 2014 relative au financement participatif, le décret 2014-1053 oblige (depuis son entrée en vigueur en octobre 2014) les plateformes à souscrire à un contrat d’assurance responsabilité civile professionnelle. Pour d’autres secteurs de l’économie collaborative, où des zones grises perdurent encore, quelle sera l’attitude des assureurs ?

Le deuxième défi concerne le B2B. L’économie collaborative est surtout centrée sur les particuliers, mais elle touche également les entreprises et les professionnels, en témoigne le lancement de France Barter en septembre 2014 (SCIC issue du regroupement des réseaux des sociétés b2b EN-TRADE et E-Barter). France Barter est un réseau pour les entreprises qui centralise et sécurise les transactions d’échanges de biens et services via une plateforme web, permettant ainsi aux organisations de vendre ou d’acheter des prestations sans sortie de trésorerie. De nouveaux modes de production, d’échanges ou de distribution vont émerger et générer des risques sans précédent à couvrir par les assureurs. Par exemple, certains produits pourront être fabriqués en co-création  grâce aux imprimantes 3D et aux logiciels de création en open-source. En cas de défaillance du produit, qui sera responsable ?

Dans ce contexte, les assureurs ont intérêt à rester connectés à leur nouvel écosystème collaboratif afin de détecter les tendances et les évolutions. Pour répondre aux attentes émergentes, ils devront faire preuve d’ouverture d’esprit et se détacher des modèles d’assurance traditionnels. La capacité à innover et à dépasser les zones grises sera challengée, notamment dans les métiers d’actuaires et de juristes. Enfin, parce que ce nouvel environnement est extrêmement changeant, les organisations seront tenues de gagner en agilité afin de créer les conditions favorables au développement de l’innovation.

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