Comme dans tout autre secteur, les assureurs ont besoin de connaître et de s’adapter au monde, à l’écosystème qui les entoure. Aujourd’hui, un mouvement indéniable transforme notre écosystème : l’économie collaborative.

eBay, Airbnb, Buzzcar, MyMajorCompany, KissKissBankBank, Bitcoins et bien d’autres encore. Ces entreprises ont un point commun : elles font partie de l’économie collaborative. Deux grandes tendances peuvent être soulignées dans l’économie collaborative : d’un côté la consommation collaborative et de l’autre la création collaborative, le financement participatif et la connaissance « ouverte ».

La première concerne les entreprises tirées par les nouvelles façons de consommer : Airbnb offre une plateforme permettant aux internautes, où qu’ils soient, d’ouvrir leur appartement ou maison à d’autres internautes, Buzzcar fait de même avec le parc automobile existant (notons par ailleurs que ce modèle s’oppose à la surproduction et surconsommation actuelles en réutilisant des actifs déjà créés).

La deuxième tendance est tirée non pas par de nouveaux modes de consommation, mais par de nouveaux modes de création et de gestion. Par exemple, MyMajorCompany est un précurseur du financement participatif permettant de récolter le financement nécessaire à l’aboutissement d’un projet. Le créateur présente son projet et définit les contreparties qu’il accordera aux contributeurs. Un point important ressort de cette deuxième tendance : ces modèles d’entreprise permettent une mise en relation plus directe entre les acteurs finaux, l’intermédiation se réduit, nous passons à la création et à la gestion collaborative « Crowdsourcing ».

Comment ce mouvement peut-il impacter les assureurs ?

Les assureurs sont concernés à double titre par ce mouvement qui s’accélère. Tout d’abord, la consommation collaborative transforme les risques traditionnels couverts par les assureurs. Prenons l’exemple de l’auto-partage. Hier, nous assurions un bien et l’utilisation de ce bien. Aujourd’hui, nous tendons de plus en plus à une assurance d’usage d’un moyen de transport : une assurance de « fonction ». Il est indispensable que les assureurs s’adaptent et clarifient leur proposition de valeur face à ces changements de consommation. Des litiges apparaissent déjà aux Etats-Unis : quelle assurance est applicable lors d’un accident impliquant une voiture utilisée en auto-partage, l’assurance du propriétaire du véhicule ou l’assurance souscrite par le biais de l’entreprise d’auto-partage ? (le cas de l’entreprise d’auto-partage RelayRides suite à un accident tragique impliquant une voiture louée au travers de RelayRides est toujours en cours de résolution).

Au-delà d’une adaptation à un changement de matière assurable, l’économie collaborative invite les assureurs à se poser une autre question : dans quelle mesure ces modèles d’économie collaborative peuvent remettre en cause les modèles actuels de création et de distribution des produits et services d’assurance ? Une partie de la réponse se trouve dans l’émergence de nouveaux modèles d’assurance : Friendsurance en Allemagne, jFloat au Royaume-Uni et Peercover sur le net. Ces initiatives, très différentes les unes des autres, illustrent l’assurance collaborative « CrowdInsuring ».

Tout en gardant une certaine intermédiation avec la présence d’assureurs traditionnels, Friendsurance introduit le collaboratif en proposant aux internautes de se connecter à d’autres internautes pour former une communauté. Les membres de cette communauté versent une partie de leurs primes dans un pot commun qui financera l’indemnisation de petits sinistres (sans l’intervention d’un assureur). Friendsurance inclut également du « money-back insurance » permettant aux assurés de récupérer une partie de leur prime : plus la sinistralité de la communauté est faible et plus la communauté dont fait partie l’assuré est grande, plus le remboursement de la prime sera élevé. Ce système présente de multiples vertus : diminution des risques de fraudes, meilleure sélection des risques et diminution des coûts d’acquisition de nouveaux clients grâce à la composante communautaire, diminution des coûts de gestion et diminution des coûts de prise en charge des sinistres.

L’assurance collaborative représente aussi une réponse possible à certaines problématiques propres au secteur. Ainsi, les assurés ont besoin de se réapproprier l’offre d’assurance car ils ont du mal à percevoir la création de valeur qui résulte des multiples intermédiations et parce qu’ils avancent des primes pour une potentielle prestation ultérieure. En outre, avec le désengagement de l’Etat sur la protection sociale, l’assurance collaborative pourrait compenser cette perte de « solidarité universelle » par de la « solidarité choisie ».

Même si le « CrowdInsuring » n’est pas la seule réponse aux enjeux de l’économie collaborative pour les assureurs, elle mérite une réflexion de leur part sur leur modèle actuel et sa capacité à répondre aux besoins de leurs assurés.

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