• « Un canal sur lequel je veux mettre l’accent est le risque où une inflation trop faible percolerait dans les anticipations d’inflation ». Mario Draghi était « direct » à Francfort ce 21 novembre 2014. De fait les chiffres ne sont pas bons en zone euro. Les Etats-Unis avancent seuls, les pays émergents commencent à inquiéter. La croissance de la zone euro ne peut plus être « tirée » par les autres, hors zone euro, on le voit bien avec ce qui se passe en Allemagne.
  • Ainsi Mario Draghi le 21 novembre 2014 et un peu avant Peter Praet (Chef économiste de la banque) le 17 novembre 2014 font monter la pression. Ils disent tous deux que le risque de déflation augmente, avec le décrochage des anticipations de prix. La crédibilité de la BCE est en jeu. Mario Draghi ajoute que la dernière enquête venant des directeurs d’achat ne marque pas de reprise pour 2015 et signale même une baisse des commandes (la première depuis juillet 2013). L’inflation s’inscrit à 0,9 % en novembre, l’inflation sous-jacente à 0,4 %.
  • La zone euro peut-elle attendre « les autres » ? Une montée des taux courts devrait avoir lieu en début d’année 2015, plus tôt en Angleterre qu’aux Etats-Unis, même si chacun joue les prolongations en utilisant les arguments du « chômage de longue durée » (Janet Yellen de la Fed pendant longtemps) ou de « faible inflation » (Janet Yellen désormais, avec la Banque d’Angleterre). Ceci devrait nous aider en affaiblissant l’euro, mais est-ce assez et surtout n’est-ce pas trop tard ?
  • Que disent les Anglais, grands bénéficiaires de ces mesures et les premiers à « devoir » en sortir ? Un travail de recherche de la Banque d’Angleterre de 2012 refait surface montrant les effets du Quantitative easing de la banque : plus de croissance (1,5 % au maximum de l’effet) et plus d’inflation (1,25 % au maximum), ajoutant que sans ce QE l’inflation serait devenue négative. Le QE anglais a donc marché. Surtout, ce travail décortique le fonctionnement du quantitative easing dans le cas anglais : pour l’essentiel un effet de portefeuille. En effet, après le QE, les taux longs baissent. Non seulement le coût du crédit devient plus faible, ce qui soutient la croissance par l’investissement et la consommation au détriment des marges bancaires, mais aussi (et surtout dans le cas anglais) les actifs (autrement dit la bourse) montent. Ceci crée un puissant effet richesse dans un pays où les retraites se financent par capitalisation. On comprend donc les inquiétudes devant un risque symétrique, quand il s’agira de monter les taux.
  • A Rome, quand une troupe « franchissait le Rubicon », c’était déclarer la guerre à l’Empire romain. Et aujourd’hui ? S’agit-il de déclarer la guerre à des règles écrites il y a longtemps, lors de la naissance de la monnaie unique, bien avant cette crise mondiale ? S’agit-il de déclarer la guerre à l’Allemagne et à sa Loi fondamentale qui interdit le financement monétaire du déficit public et veut évidemment éviter une nouvelle phase d’hyperinflation allemande (on le comprend, on la comprend) mais qui n’avait évidemment pas prévu cette situation mondiale ? Ou bien s’agit-il de déclarer la guerre à la déflation en zone euro, avec à la clef une crise majeure qui peut amener la zone euro avec elle ? On comprend que Mario Draghi insiste toujours sur l’unanimité des membres de la BCE pour soutenir la croissance et ancrer les anticipations de prix, évitant ainsi une déflation très dangereuse pour les pays endettés. Christian Noyer est sur cette ligne. On le comprend.
  • Franchisant le Rubicon en 49 avant JC pour marcher sur Rome (et y prendre le pouvoir), Jules César ajoute : Alea jacta est. Aujourd’hui cher Mario Draghi, 2063 ans plus tard : Quantitative easing jacta est ?

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