Les mouvements de migrants se poursuivent, mais attirent moins l’attention des médias, préoccupés aujourd’hui par d’autres sujets. Et pourtant… Il n’y a aucune raison pour que l’exode s’arrête, maintenant que 2 000 personnes au moins arrivent chaque jour sur les côtes européennes. Frontex, qui est censé s’en occuper, avec un budget de 150 millions d’euros et 300 personnes depuis Varsovie, ne peut évidemment faire de miracles. Cette agence est censée aider à la gestion des frontières de l’Union et à la coordination de ses membres ! Elle forme, analyse, étudie, fait des rapports et compte surtout les migrants. Selon elle, ils ont été 710 000 de janvier à septembre 2015, plus 97 000 qui ne sont pas recensés…  Par endroits, – îles grecques, Croatie…, les chiffres dépassent le décuple de ceux de l’an dernier. Le problème est donc systémique, impliquant des moyens spécifiques.

A court terme, rien n’est possible sans identifier correctement ces nouveaux venus, ce qui implique de relever leur identité et de se donner les moyens – autant que possible – de la vérifier. En même temps, il faut trouver des pays en plein emploi et les former – notamment en langue, pour qu’ils puissent s’y insérer. Il est clair que l’Allemagne est pratiquement seule dans ce cas, même si elle ralentit. Il faut donc que le processus se mette au mieux en place dans ce pays, pour des raisons économiques, sociales et politiques. Evidemment, ceci ne suffira pas à résoudre la crise qui vient surtout des guerres et tensions en Syrie, Lybie et Afrique subsaharienne. Nombre de migrants viennent aussi des Balkans, dont l’Albanie – ce qu’on ne dit pas. Or il s’agit en l’espèce d’un pays candidat à l’entrée dans l’Union européenne, ce qui impliquerait de sa part des efforts spécifiques.

A moyen terme, il faut d’ores et déjà se préoccuper de la situation en Afrique. Selon l’ONU, les 7,3 milliards d’êtres humains actuels seront 8 dans dix ans, 9 en 2038 et 10 en 2056. A la fin de ce siècle, la Terre devrait compter plus de 11,2 milliards d’êtres dont 4,4 en Afrique et 650 millions en Europe. Actuellement, il y a 1,6 Africain pour un Européen, en 2100 il devrait y en avoir 6,8. L’Afrique ne connaît pas de « transition démographique » visible sur le siècle. C’est elle qui alimentera la progression de la population mondiale : 80 % pour être précis. Six pays africains, Nigeria, République démocratique du Congo, Tanzanie, Niger, Ouganda et Ethiopie vont connaître la plus forte croissance de tous, sous l’effet conjoint de la natalité et de l’allongement de la durée de la vie.

La croissance démographique africaine ne pourra réussir, c’est-à-dire créer de la croissance dans ce continent, qu’avec de la formation adaptée notamment pour former des réseaux d’entrepreneurs agricoles et industriels. Les « dividendes de la population » dont parlent toujours les économistes n’ont aucune raison d’être mécaniques, d’autant plus si la croissance mondiale ralentit et les prix des matières premières stagnent – ce qui est vraisemblable. N’oublions pas que, selon la Banque mondiale, 44 % des Nigérians voudraient partir, 37 % de Sénégalais, 25 % d’Ivoiriens et 21 % de Maliens.

La France, aujourd’hui, s’inquiète plus qu’il n’est justifié. Elle s’inquiète surtout de sa croissance encore faible et de son chômage élevé, alors que, selon la dernière étude de l’Insee, le solde migratoire de la France s’établit à + 33 000 personnes en 2013. Or il était de + 112 000 en 2006. Ce solde en forte baisse s’explique fondamentalement par la forte montée des départs des « nés en France », notamment depuis 2009. Ce solde négatif passe ainsi de – 60 000 en 2006 à – 120 000 en 2013. Il compense les entrées nettes d’immigrés qui s’établissent à 140 000 en 2013, en réduction par rapport aux 164 000 de 2014. En fait, alors que la France s’inquiète de l’arrivée de migrants, c’est plutôt le départ de personnes nées en France qui semble le problème dominant, tandis que nombre d’immigrés retournent chez eux : étudiants après leurs études, salariés qui quittent leur emploi ou nouveaux retraités.

Il résulte de ces données des choix stratégiques pour l’Europe par rapport à ses frontières et sa politique de voisinage et, pour la France, en matière de formation interne et de relation avec l’Afrique.

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