Oui puisqu’on le fait, mais sans toujours le dire : c’est là le problème. La question de la Cop 21, et plus généralement de l’écologie, est d’évaluer par exemple les effets négatifs de la pollution de l’air (tête lourde, fatigue voire mort prématurée), pour que tous en soient conscients, surtout leurs auteurs, et ainsi les réduisent aussi vite que possible. Le pollueur doit être le payeur, pour qu’il cesse de l’être. Mais pour cela, il faut d’abord se mettre d’accord sur ce que l’on veut mesurer, puis sur la façon de le faire, puis sur celle de faire payer.

Le pollueur, on s’en doute, peut refuser de reconnaître qu’il l’est, critiquer les calculs, refuser les demandes, obligations, sanctions et autres taxes. Chaque fois, il va présenter des explications à ce qu’il fait et des critiques à ceux qui veulent le sanctionner. Attention : il faut toujours l’écouter car les choses sont complexes et l’activité en jeu, comme toute activité, est polluante mais permet aussi la croissance et l’emploi. La logique du bonus-malus est donc toujours difficile à apprécier et à mettre en place, sauf à se muer en justicier. Le justicier obtiendra des résultats dans sa juridiction, sûrement négatifs aussi sur la croissance et l’emploi, pour le plus grand bonheur des autres.

Bien sûr, chacun d’entre nous préfère l’air pur, l’eau claire, les prés ondoyants, la neige immaculée… à leurs opposés. Mais chacun de nous doit se chauffer, manger et boire des produits sûrs et abordables, donc travailler pour le faire. Chacun veut voyager, changer de lieu, adopter des produits nouveaux… Tout serait parfait si se chauffer ne conduisait pas à chercher du charbon ou à construire des centrales, par exemple nucléaires. Tout irait bien si, utiliser des ordinateurs et des portables, n’impliquait pas d’utiliser des terres rares, avec pollution à la clef, de faire travailler des salariés des pays émergents, souvent dans des conditions problématiques, et ainsi de suite. Tout irait bien si tout était toujours bien. Mais il est impossible de créer et d’avancer sans changer, sans modifier l’ordre des choses, voire sans détruire. Et souvent, ce qui aide à un moment donné se révèle nocif plus tard. Et ainsi de suite : mesurer et expliquer ne vont jamais de soi, moins encore convaincre, moins encore faire payer pour éclairer, éduquer, faire changer. Il n’y a pourtant pas le choix. Pourtant cela est décisif.

L’air est exemplaire de l’importance et de la complexité du problème. Notre air est pollué par du CO2 bien sûr, mais aussi par des dizaines d’autres polluants qui viennent des automobiles, des traitements agricoles, des industries, des matériaux de construction et même des meubles qui diffusent des années durant leurs composants chimiques. Ceci sans oublier nos activités de tous les jours : les fumées de cuisson, de tabac ou encore des bougies odoriférantes ! A force, inquiets de tout, nous voilà en risque d’être obsédés par tout, hostiles à tout.

Pourtant, il faut avancer. Avancer en mesurant de mieux en mieux ce qui se passe dans l’air qui nous entoure, en ville ou chez nous. En ville, ceci implique de prévenir des pics de pollution puis de s’attaquer à ses causes les plus importantes : l’automobile et la vitesse. De proche en proche, il faut demander aux constructeurs de réduire les émissions de leurs moteurs et d’améliorer la chaîne de leur production. Il faut contrôler que la vérification obligatoire (tous les 2 ans) est bien effectuée et, dans le temps, changer de véhicule pour en acquérir un moins polluant. Tout ceci implique des coûts pour l’acheteur et l’utilisateur, directement ou indirectement, avec parfois en sens inverse des aides à l’achat. Le bonus-malus fonctionne dans les deux sens, carotte et bâton, sanction et incitation.

Il doit, en réalité, entrer dans une stratégie. Celle qui consiste à combiner « mesures et explications » à « incitations et sanctions ». Les incitations sont décisives, en commençant toujours par les cas les plus flagrants, dans la mesure où les consommateurs sont de plus en plus sensibles au sujet. La mauvaise qualité de l’air nuit à la santé. Les entrepreneurs et leurs salariés sont également sensibles à la question : la RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale de l’Entreprise) est autant affaire de morale que d’économie.

Pour autant, tout ne peut pas être payé par « le » pollueur, car il n’est jamais seul. C’est pourquoi des taxes doivent être prélevées sur tous, au bénéfice de tous, dans le temps. Là encore, le fait de le savoir peut améliorer le comportement de chacun, donc de tous. Le malus permet le bonus.

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