C’est une question, légitime, au vu de ce qui se passe – et qui n’est pas ce qu’enseignent les manuels. Exemples.

  • A l’approche du plein emploi, les salaires, qui ont déjà commencé à augmenter, accélèrent. Et pourtant, aux Etats-Unis, avec un taux de chômage de 5,8 % environ, les salaires augmentent de moins de 2 %, à peine plus que l’inflation et 1 % de moins que « normalement », avec un tel taux de chômage. On nous dit alors que beaucoup de salaires ont été gelés, que beaucoup de salariés, désespérés, ont quitté le marché du travail et que les nouveaux embauchés gagnent des salaires bien plus faibles que leurs pairs il y a quelques années. Ceci est vrai : les salaires s’adaptent avec retard, mais ceci ne saurait durer. Déjà, on voit des pénuries pour les emplois qualifiés. Donc il y aura des hausses brutales et la Fed devra réagir : les manuels ont raison, avec plus de retard que de coutume.
  • Quand le taux de chômage augmente, les salaires sont – au moins – stables. Et pourtant, en France, les salaires ont continué de progresser, certes plus modérément, en liaison avec diverses clauses d’indexations, notamment dans les grandes entreprises. Ceci pèse sur l’emploi des seniors, qui quittent plus tôt les entreprises après « négociations » et sur l’emploi des jeunes. Il faudra du temps pour que les écarts de traitement entre les in, ceux en emploi stable dans les grandes unités, et les out, les autres en fait, se réduisent. Le chômage va donc rester important, même si l’activité repart. Là encore les manuels ont raison, mais  avec plus de retard que de coutume.
  • Quand on crée beaucoup de monnaie, les prix montent. Et pourtant l’inflation est au plus bas aux Etats-Unis et baisse en zone euro ! Là encore, on va nous dire que tout est question de délai. Vrai : cette monnaie créée est stockée, même si elle n’est pas rémunérée, par crainte du futur. Mais ceci est vrai jusqu’au moment où les idées se mettront à changer. Et alors, ceci va être brutal.
  • Quand on lie sa monnaie à une autre, vient toujours un moment où le lien se rompt, sans avoir à en être surpris. C’est ce qui est arrivé à la monnaie argentine quand elle s’est liée au dollar pour ne pas baisser, avant de s’effondrer à la fin de son peg. C’est ce qui vient d’arriver à la monnaie suisse qui change de cheval, passant de l’euro qui baisse au dollar qui monte, pour ne pas risquer de s’accrocher à une monnaie jugée trop faible. Et c’est ce qui se passe avec la Couronne danoise, aujourd’hui sous pression : les marchés veulent la voir monter « à la suisse ».
  • Quand une économie a un excédent des comptes courants, son taux de change augmente. Et pourtant, l’euro baisse ! Quand une économie a un déficit courant, son taux de change baisse. Et pourtant le dollar monte ! Quand les taux de change vont contre les manuels, les guerres monétaires se préparent.
  • Quand on achète beaucoup de bons du trésor avec une politique de quantitative easing, vient toujours un moment où on ne les achète plus puis un moment où ils seront remboursés. Alors les taux monteront beaucoup, comme le disent les manuels, mais c’est pour plus tard.
  • Quand un pays ne paye pas ses dettes publiques, ceci ne coûte rien à personne. Pas d’inquiétude : ceci ne figure dans aucun manuel !

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