Janet Yellen, Présidente de la Banque centrale américaine, est sans doute la personne la plus puissante du monde, au moins pour la banque et la finance. Elle inquiète les marchés, les bourses, la croissance, avant, pendant et après qu’elle parle. Et quand elle agit, en montant les taux d’intérêt, c’est encore plus net.

C’est là que nous en sommes. En effet, depuis qu’elle a été nommée le 3 février 2014, elle n’a pris aucune décision sur les taux d’intérêt, sauf pour en repousser la hausse, à l’occasion de très nombreux discours. Mais maintenant, elle ne peut plus expliquer pourquoi elle retarderait sa décision.

En effet, Janet Yellen est « officiellement » chargée d’obtenir à la fois le moins de chômage possible et le moins d’inflation possible. Ces deux objectifs, « avant » la grande crise que nous vivons depuis 2008, étaient en partie contradictoires. On expliquait ainsi que la hausse des salaires qui venait du plein emploi faisait augmenter les prix. Il fallait donc trouver un bon compromis entre chômage et inflation, ni trop d’inflation… ni trop peu de chômage, ou ni trop de chômage ni trop peu d’inflation. C’est bien pourquoi tous les prédécesseurs de Janet Yellen avaient ces deux objectifs : pour pouvoir arbitrer, débattre, discuter, orienter les esprits. Bref, faire de la politique.

Tel n’est aujourd’hui plus le cas. Janet Yellen a devant elle un taux de chômage de 5 %, autrement dit le plein emploi, et une inflation core (hors pétrole et biens volatiles) de près de 2 %, ce qui est précisément son objectif. Donc Janet Yellen doit dire qu’elle a satisfait ses deux objectifs et qu’elle doit augmenter les taux à court terme de refinancement des banques afin de calmer la croissance, de façon à la prolonger. Ceci devrait avoir lieu le 16 décembre.

Mais quand même, ceci fait des mois que les données économiques auraient dû pousser Janet Yellen à prendre cette décision. Certes, elles n’étaient pas exactement celles-là, mais très proches, lui permettant ainsi de prendre de l’avance et de mieux accompagner le mouvement. Pourquoi donc Janet Yellen a-t-elle pris ce retard ?

La première explication est qu’elle s’est inquiétée des réactions des pays émergents, largement amplifiées par le FMI, la Banque mondiale et la Banque des règlements internationaux. L’idée est la suivante : la hausse des taux courts américains va faire monter à la fois les taux longs américains et le dollar, secouer les marchés financiers et – ce faisant – faire plonger plus encore les prix des matières premières. Or nombre d’entreprises se sont partout endettées à long terme, parfois très endettées, alors qu’elles étaient fragiles – profitant des taux bas. Alors, si les taux montent et que l’activité, fléchit, toutes ces entreprises vont souffrir (ou pire). Tel sera le cas aux Etats-Unis et plus encore dans les pays émergents, par exemple au Brésil. Dans ce pays par exemple, des entreprises vont se trouver endettées en dollar, avec une monnaie nationale qui baisse et une économie en récession grave. Ainsi, les 25 centimes américains, anodins en apparence, peuvent fortement ralentir les Etats-Unis et faire plonger plus encore les pays émergents. Donc, Janet Yellen devrait attendre.

La deuxième raison, et la principale, est que cette hausse des taux d’intérêt fera monter le dollar. Or il est déjà haut, c’est même la monnaie qui a monté le plus, au moment où plongent les monnaies des émergents et où freinent celles des pays industrialisés. A côté, le Royaume-Uni s’inquiète du Brexit, le Franc suisse se plaint d’être trop fort, le yen veut baisser plus et l’euro fait face aux difficultés de la zone. Donc, Janet Yellen devrait attendre.

Mais Janet Yellen ne le peut. Elle fera un « service minimum », expliquant qu’elle régularise un peu, en fonction des circonstances, mais surtout qu’elle attendra de voir les effets de sa décision pour remonter ensuite, un peu, dans les longs mois qui viennent, en fonction de ce qui se passera.

Low for long : c’est ainsi que Janet Yellen va ouvrir le bal des hausses, suivie six mois après par le Royaume-Uni, puis l’Australie, le Canada et le Mexique, puis bien après par Mario Draghi. Nous sommes partis pour une longue période de croissance faible et d’inflation basse. C’est par ces temps que les entreprises innovent et plus encore se restructurent, celles qui le font le mieux achetant les autres. Inutile de « faire peur à Janet » : elle ouvre la porte d’un nouveau monde et a bien raison d’être prudente.

Chaque semaine, au travers du Weekly Briefing, je vous livre un regard économique et financier sur la conjoncture et l’actualité. Si vous êtes intéressé, cliquez pour vous abonner.