2014 est en train de finir sans drame, dans une atmosphère étrange où le retour au réel a été repoussé. Pendant combien de temps ? Et pourtant une page se tourne. Les Etats-Unis vont mieux, les BRICS doivent eux aussi faire des réformes, pour s’adapter à la nouvelle donne, l’Europe avance aussi, avec le Plan Juncker, Mario Draghi, les rapprochements France-Allemagne. Tout ceci ne fait pas très organisé, c’est vrai, mais la nouvelle page (à écrire) va bientôt apparaître. Ce n’est pas trop tôt.

  • Les BRICS sont moins émergents qu’avant

B comme Brésil, qui est en net ralentissement et doit continuer à s’ajuster ; R comme Russie, qui est en récession et doit freiner sa politique d’expansion, faute d’avoir désormais plus à perdre qu’à gagner dans sa politique à l’Est ; I comme Inde, le pays qui bouge et change le plus de tous dans ce groupe, sans qu’on le voit ni le comprenne encore ; C comme Chine, avec un ralentissement qui marque un changement de modèle qu’il faudra baliser ; S comme South-Africa, un pays qui doit changer plus profondément encore, maintenant que les prix des matières premières se mettent à la baisse.

  • Le pétrole est plus politique que jamais

La baisse des cours arrange bien les Français, mais la décision de l’OPEP de ne pas augmenter les quotas ne nous était pas (seulement) destinée ! Il s’agit sans doute de frapper les ressources des troupes islamistes qui pompent du pétrole au Moyen-Orient, de faire davantage pression sur le Venezuela, au risque de ne pas vraiment aider l’Argentine… et même, à court terme, l’Arabie saoudite. Le jeu se joue dans la durée… peut-être pour montrer aussi aux Américains qu’il y a moins cher que le gaz de schiste. Qui sait…

  • Les taux américains ne pourront pas continuer ainsi longtemps

321 000 emplois nouveaux en novembre. La croissance américaine ne peut plus être qualifiée de modeste ou d’hésitante ! Elle est bien là, partout. Donc les taux au jour le jour vont monter dans six mois. Donc les taux à trente ans ont déjà monté, sans attendre.

  • Mario Draghi va-t-il passer en force ?

Passer oui, autrement nul ne peut comprendre ce qu’il cherche, mais le moins « en force » possible. En fait, il ne cherche pas réellement à baisser les taux, qui sont déjà très bas, mais à empêcher qu’ils montent – dans le sillage des Etats-Unis, et à faire surtout en sorte que l’euro baisse. L’euro plus bas, c’est en effet plus de croissance par l’export, plus d’inflation importée et donc des taux réels plus bas, les deux ingrédients indispensables pour sortir de la passe actuelle. Pour faire cela, trop braquer les membres de la BCE (en fait l’Allemagne) serait contreproductif.

  • Juncker va-t-il se faire comprendre ?

C’est à souhaiter ! Juncker a inauguré pour 2015 une nouvelle forme de politique économique : l’association privé-public, grandeur européenne. La région Europe regorge en effet d’idées et de ressources financières, mais elles ne se rencontrent pas. D’où l’idée de ce plan : des fonds publics, peu importants encore, sont apportés, avec appel fait aux Etats d’en ajouter (c’est l’apport le plus risqué), afin d’attirer d’autres ressources d’un côté et tous les innovateurs de l’autre.

  • François va-t-il se rapprocher plus d’Angela ?

C’est également à souhaiter… et c’est en cours ! C’est bien l’idée du rapport Enderlein/Pisani-Ferry. Les réformes marchent d’autant plus qu’on les fait ensemble, notamment en matière d’emploi, en France plus qu’en Allemagne et d’investissement, en Allemagne plus qu’en France. Comme toujours, les (bons) esprits sont dubitatifs, sauf qu’il s’agit de la seule bonne voie si l’on veut (politiquement) renforcer la dynamique de réformes en France, notamment pour ne pas être seuls sur le marché du travail, et d’être plus influents et organisés en Europe.

Chaque semaine, au travers du Weekly Briefing, je vous livre un regard économique et financier sur la conjoncture et l’actualité. Si vous êtes intéressé, cliquez pour vous abonner.