« Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? » « Quel sujet ! », se dit France devant sa copie du bac philo, ce 17 juin 2015 ! Bon, pas le choix, j’y vais !

France, quel est donc ton passé ? Celui de tes grandes œuvres, succès, idées ou de tes erreurs et défaites ? Celui d’un vieux peuple battu par César, baptisé avec Clovis, galvanisé puis ruiné par Louis XIV et Napoléon ? Celui sauvé par Jeanne et le Général ou celui libéré par Napoléon III – que tu n’as pas aimé ? Celui qui se cherche encore ?

France, tu as un passé fait de passés, divers et contradictoires. Rien à voir avec l’homogénéité allemande ou anglaise.

Rien à voir avec le passé de l’Allemagne qui le pousse à se racheter sur cette terre, par l’économie. Pour l’Allemagne, les drames de son passé dictent ses objectifs, ses peurs (le culte de « la force » révérée et redoutée, la menace russe) et ses interdits (pas d’armée trop forte). Ils expliquent son souci permanent du travail bien fait dans la durée, de la qualité exportée – pour qu’on se convainque de ce qu’elle peut faire d’utile pour tous. Et face aux chocs et aux crises, c’est l’idée allemande de se renforcer par un Etat efficace, par l’épargne et le dialogue – social et politique. La discussion forge les perspectives salariales dans l’entreprise et, si nécessaire, avec la « Grande coalition » dans la politique. Surtout ne pas s’affaiblir en se déchirant, au risque de la violence. Il en résulte des entreprises stables, rentables, exportatrices, avec des syndicats qui épousent l’essentiel de ses choix.

Rien à voir avec le Royaume-Uni, ou tout est dans le nom : Uni parce que Royaume, et symétriquement. Cette agglomération s’est faite dans les guerres entre rois et reines, jusqu’à cette très vieille démocratie, où la Reine lit devant les Lords assis et les Députés debout au fond, un texte écrit par le chef des députés, qui est lui aussi debout au fond de la salle. Accepter la diversité, voire les contradictions, et les gérer par la tradition, voilà qui donne la croissance anglaise. Le Royaume-Uni va bien, regardons son PIB. Libre, il veut plus encore de libertés par rapport à l’Union Européenne – on verra. Ouvert, il en tire sa croissance mais dépend de plus en plus de capitaux extérieurs – on verra. Uni, mais avec des inégalités croissantes et une Ecosse qui veut vivre sa vie. Attirant, mais au point de trouver qu’il l’est trop par rapport aux immigrants venus de l’Est d’abord, d’Afrique aujourd’hui.

Et la France alors ? Elle a une croissance faible, un chômage qui peine à baisser et une rentabilité insuffisante. Son passé Égalité lui dit que ce sont les inégalités qui la freinent et qu’elle doit imposer plus, et « à la source » si possible. Mais il ne faut pas oublier Liberté se dit-elle alors, liberté d’embauche, liberté de commerce, de propriété – avec la possibilité ainsi ouverte à chacun de risquer plus, donc de s’enrichir. Vient la Fraternité qui tient le tout, mais avec un Etat efficace et responsable. Cet Etat est-il là pour surveiller et corriger ou permettre et encourager ? Égalité des chances ou égalisation des résultats ?

C’est pourquoi la France se retrouve toujours derrière quelques héros qui font son unité par temps de grand péril, disparaissant ensuite. Pour les héros d’aujourd’hui, il ne s’agit pas tant de fougue que d’héroïsme du quotidien. Allons chercher, dans notre passé, Palissy, Pasteur, Eiffel ou Marie Curie !

Au fond, France, je suis ce que mon passé a fait de moi, complexe et contradictoire, capable du meilleur face à la crise extrême et au grand danger. Ça tombe bien, c’est maintenant.

Chaque semaine, au travers du Weekly Briefing, je vous livre un regard économique et financier sur la conjoncture et l’actualité. Si vous êtes intéressé, cliquez pour vous abonner.