Trêve d’angélisme : le financement participatif n’est pas la formule magique pour toutes les entreprises en quête de financement. Il s’agit certes d’une solution intéressante, qui connaît un développement spectaculaire et qui correspond parfaitement à certains types de projets, en fonction de l’activité, de la maturité et de la propension à communiquer. Mais nombre d’organisations n’y trouveront pas leurs comptes.

D’abord utilisé pour le développement de projets humanitaires, culturels ou parfois incongrus – comme celui de cet Américain qui a récolté 55 490 dollars pour réaliser une salade de pommes de terre –, le financement participatif, fer de lance de l’économie collaborative, se fait de plus en plus remarquer du côté des entreprises.

Comprendre les dispositifs existants et leurs implications

Les campagnes d’appel au financement participatif, dites de crowdfunding, se réalisent par le biais de plateformes spécialisées. Le choix de la plateforme dépend du type de campagne mis en place. Trois grands modèles coexistent : le don-contre-don, le prêt et l’investissement en capital, dit crowdequity.

Le don-contre-don, aussi appelé don contre récompense, est une forme répandue de financement participatif, et ses plateformes dédiées (Ulule, KissKissBankBank, MyMajorCompany, touscoprod, etc.) sont plutôt plébiscitées par les particuliers et les associations. Les porteurs présentent leur projet et offrent des contreparties souvent liées à celui-ci. Pour une entreprise, il peut s’agir de proposer un produit en prévente.

Le financement participatif sous forme de prêt, rémunéré ou non, suscite davantage l’adhésion des entreprises. Citons entre autres PretPME, Tributile ou Unilend. Les plateformes dédiées comptent 64,60 % d’entreprises, selon les chiffres du baromètre du premier semestre 2014 réalisé par l’Association Financement Participatif France.

Enfin, le crowdequity permet de financer une entreprise en échange d’une prise de participation au capital. 97 % des porteurs de projet sur les plateformes de capital (telles que WiSEED, Anaxago, Sowefund…) sont des entreprises.

Bien entendu, associer de nouvelles parties prenantes au développement de son entreprise ou de ses projets requiert généralement une évolution de la gouvernance d’entreprise. Ceux qui contribuent au financement peuvent vouloir s’impliquer fortement : l’entreprise émettrice doit tenir compte de ces aspects dans la mise en place des campagnes de crowdfunding.

Le financement participatif est un levier, pas un remède miracle

Nous avons vu fleurir les articles, émissions et commentaires enthousiastes, avec un réel engouement pour ce moyen collectif de financer le développement et la croissance de projets. Une adhésion qui est probablement d’autant plus forte dans le contexte de crise, qui peut alimenter les interrogations – souvent infondées – sur l’accompagnement par les acteurs traditionnels du financement.

Les politiques ont également porté le sujet, en menant une réflexion nécessaire sur l’encadrement des pratiques de financement participatif, tout en soulignant l’importance d’en favoriser le développement en France – le nouveau cadre réglementaire est d’ailleurs entré en vigueur le mois dernier. Les plateformes de don bénéficient à présent d’un assouplissement de la réglementation applicable aux établissements de paiement. Les plateformes reposant sur le prêt ou sur le modèle de l’investissement en fonds propres sont quant à elles soumises à différentes règles selon les situations.

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un levier formidable. Les fonds collectés en France, s’ils sont encore loin des montants enregistrés aux Etats-Unis, montrent la forte progression de la collecte, avec 66,4 millions d’euros au premier semestre 2014, soit le double du premier semestre 2013. C’est une source de financement alternative qui permet souvent de soutenir les dépenses liées aux phases d’amorçage, par exemple la R&D.

Pourtant, il est indispensable de modérer cet enthousiasme car le financement participatif soulève beaucoup de questions et, au-delà des enjeux de gouvernance, ne se prête pas tellement à certaines situations, comme le financement d’entreprises matures ou de projets sur lesquels il est complexe de communiquer. Selon les cas, nombre d’entreprises auront davantage intérêt à se tourner vers des voies de financement plus classiques qui restent solides et fiables.

Si les enjeux de financement des ETI-PME vous intéressent, n’hésitez pas à me contacter.