Officiellement, elle a disparu. Voyez-vous-mêmes : 0,1 % sur un an ! L’inflation, c’est la hausse des prix. De quels prix s’agit-il ? Des prix de tous les jours vous répond-on, plus précisément de ceux que mesure l’Insee. Aujourd’hui, ils ont augmenté de 0,1 % en octobre après avoir baissé de 0,4 % en septembre. Les voilà stables sur un an : donc plus d’inflation, pour le moment. C’est tellement bien que c’est étrange, puisque les salaires continuent, eux, de monter. Plus lentement certes, mais ils continuent. Ils ont augmenté de 1 % au premier trimestre 2015, 0,1 % au deuxième et perdu 0,2 % au troisième. On comprend ce qui se passe derrière cette évolution qui soutient le pouvoir d’achat : la baisse du prix du pétrole et des produits importés surtout, la montée de l’euro jusqu’à une date récente. Au fond, nous fabriquons 1,5 % d’inflation en interne et nous importons -1,5 % d’inflation. D’où l’égalité : 0 % = 1,5 % – 1,5 %.

Cette situation est-elle bonne et plus encore est-elle durable ?

L’inflation 0 % est-elle bonne ? Non, si on ne comprend pas comment on l’obtient, et surtout si on n’en profite pas pour soutenir la croissance. En fait, nous avons la désinflation pétrolière : elle soutient la demande de consommation (1,4 % « acquis » sur trois trimestres pour 2015, autrement dit sans hausse nouvelle en fin d’année), qui est essentielle pour notre croissance (1,1 % « acquis » à ce jour), parce qu’elle soutient nos revenus (1,3 % « acquis » à ce jour). Bref, nous vivons mieux aujourd’hui grâce à ce pétrole plus bas venu de là-bas.

L’inflation 0 % est-elle durable ? Non. Elle va monter, mais rester faible un an ou deux, avec le pétrole bas et l’euro faible. D’abord, pourquoi ce pétrole si bas ? Tout simplement parce que l’Arabie saoudite a décidé de garder sa part de marché dans le monde, alors que la demande commençait l’an dernier à fléchir, avec le ralentissement chinois. Ensuite, elle a voulu empêcher les Etats-Unis d’entrer sur ce marché, eux qui voulaient exporter leur pétrole de schiste. Alors, elle a continué de livrer jusqu’au moment où le ralentissement mondial est devenu perceptible. Le marché du pétrole a donc chuté et cherché un nouveau point d’équilibre : 60 dollars le baril pendant quelque temps, 45 dollars aujourd’hui. Elle a ainsi gagné sa première victoire, en faisant fermer les puits américains. Maintenant, elle voit monter l’offre irakienne, en attendant celle qui d’Iran. C’est là une autre paire de manches, parce que l’Iran a d’énormes réserves, et plus encore d’énormes besoins de financement. Donc les prix seront sous pression baissière, ce qui posera de graves problèmes aux autres pays du Golfe, à l’Algérie, au Nigéria, sans oublier le Venezuela. Le nouveau prix du pétrole viendra bien sûr de l’ajustement offre demande, mais cette fois avec une demande qui augmente peu et une offre qui augmente beaucoup. Donc il y aura des fermetures de puits partout, avec les coûts de l’opération et leurs effets récessifs. Donc le prix du pétrole restera bas avant de remonter, quand des robinets auront été fermés.

L’euro faible est-il durable ? Tout sera fait pour que les taux courts et longs ne remontent pas. Pour les taux courts, l’inflation à 0 % est la meilleure garantie sur deux ans en zone euro. Pour les taux longs, Mario Draghi va maintenir au moins sa politique d’achats de 60 milliards d’euros par mois en bons du trésor (et papiers proches, autrement dit avec une participation publique) jusqu’à septembre 2016. Il la poursuivra sans doute et, mieux encore, pourrait l’étendre en achetant des obligations privées.

Au fond, l’inflation faible est là pour durer au moins deux ans en France. L’intérêt est d’en profiter. Pour cela, il est décisif de ne pas distribuer en salaires la baisse du prix du pétrole, créant ainsi en France une « reprise par la consommation financée par l’Arabie saoudite ». Il faut en profiter plutôt pour modérer les salaires et faire repartir les profits pour investir plus, former plus, et ainsi consolider la croissance à terme.  C’est elle qui est décisive pour le futur.

Car, une fois le nouvel équilibre trouvé entre offre et demande sur le pétrole, son prix va remonter. Car, avec plus de croissance en zone euro, l’euro va monter. Alors les marchés extérieurs seront devenus plus difficiles pour ceux qui n’auront pas profité de l’inflation à 0 % pour renforcer leur compétitivité. Alors, on regrettera. Mais l’économie mondiale ne repassera pas ce plat.

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