• 10 % de plus en une semaine sur les taux de la dette française ! Les marchés financiers sont-ils en train de se réveiller ? Pour la France, tel semble être le cas. Le taux auquel la France emprunte à dix ans vient en effet, et brutalement, de passer de 1,27 % le 5 septembre à 1,4 % le 11 septembre, et 1,43 % le 17 septembre. Bien sûr les taux allemands ont, eux aussi, un peu monté, mais l’écart se creuse. Surtout, l’écart n’est pas de 0,13 % sur une semaine, mais la progression est bien de 10,4 % ! Il faut passer des valeurs absolues aux pourcentages pour bien comprendre le problème. Les anticipations basculent.
  • Première raison, globale : le monde repart, mais avec plus de tensions géopolitiques et un processus de déglobalisation. Les chiffres sur la Chine inquiètent, avec une croissance qui va vers 6,5 %. Ce ralentissement veut dire qu’il y aura moins de ressources financières pour financer les Etats-Unis, d’autant que la bulle immobilière chinoise, qui devra bien crever un jour, « pompera » les ressources internes. Chacun va plus utiliser sa propre épargne. Sans mentionner ce qui se passe ailleurs : Moyen-Orient, Russie…
  • Deuxième raison : les Etats-Unis sont repartis de l’avant et l’inflation avec. La hausse des taux courts américains, si longtemps repoussée, se profile. Pour certains, elle pourrait même dépasser ce que les marchés prévoient. Les taux courts ne seraient pas à 2 % selon les marchés en 2017, mais plutôt à 2,5 % voire 3 %. On mesure le double choc : choc de hausse qui se profile, choc de sous-estimation.
  • Troisième raison : le Japon a des difficultés. La politique mise en œuvre par le Premier ministre Abe rencontre des obstacles : pas surprenant, la hausse des taux de TVA plombe la demande interne. C’est peut-être le prix à payer pour doper encore les exports, faire baisser le yen et remonter l’inflation. Mais c’est jouer avec les risques. Heureusement, les Japonais sont un peuple endurant, respectueux et patriote.
  • Quatrième raison : la zone euro accélère ses changements de politique monétaire. A la suite du ralentissement économique et, plus encore, de l’importance de la désinflation, Mario Draghi lance une opération forte pour faire repartir la croissance et plus encore l’inflation. Dans ce contexte, les marchés financiers révisent leur position et se disent que leur vision était exagérément pessimiste : la croissance nominale devrait repartir.
  • Cinquième raison, la situation de la France proprement dite, bien sûr. Avec le nouveau gouvernement et le choix de M. Moscovici à la Commission, une « opération vérité » (sic) se déroule. Avec Monsieur Sapin, la croissance actuelle et future est ainsi revue en baisse. Le déficit budgétaire sera plus important que prévu, pour 2014 et pour 2015. Après avoir demandé des délais à la Commission, refusés, puis expliqué qu’il était plus difficile de réduire la dépense nominale quand la désinflation était soudaine, le gouvernement est au pied du mur. Il doit diminuer la dépense nominale sans inflation, autrement dit il doit diminuer la dépense réelle. C’est alors que la difficulté devient politique, avant d’être syndicale, puis économique.
  • Les marchés financiers se réveillent donc, violemment. Le point bas des taux longs est derrière nous, dans le monde, aux Etats-Unis, en zone euro, en France. C’est donc maintenant qu’il faut agir pour freiner ici la hausse. Le temps des taux bas a été perdu. C’est donc maintenant qu’il faut agir au plus vite, pour calmer le jeu, avant que tout ceci se détériore bien plus.
  • Au fond, le réveil peut être une bonne chose : il faut arrêter de rêver… pour agir.

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