• Choc : Jeudi 15 janvier le lien entre le Franc suisse et l’euro est coupé. La Banque nationale suisse a « surpris » tout le monde (et fait perdre des millions d’euros et de dollars) à des opérateurs internationaux, des banques, des entreprises et des particuliers (peut-être leur emploi) en abolissant « le cours plancher de 1,2 franc pour un euro ». Elle décide immédiatement « de ne plus acheter de devises afin de le faire prévaloir » et ajoute qu’elle « abaisse le taux d’intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement, le fixant à −0,75% à compter du 22 janvier… La nouvelle baisse des taux d’intérêt rend les placements en francs nettement moins attrayants et amortit les effets de la suppression du cours plancher ».
  • Envolée : immédiatement après le Franc suisse passe à 1 euro. Cette hausse de 20 % fait peut-être la joie de certains détenteurs de Francs suisses, pas celles des exportateurs et moins encore des financiers qui pensaient que la Franc suisse ne baisserait pas. Et ce sera pire pour les entreprises, les ménages endettés et les collectivités publiques endettées en Francs suisse, en Pologne et en Croatie notamment (mais pas seulement…). Il y a et aura des pertes importantes pour des banques, des hedge funds et des plateformes de change. On le saura bientôt.
  • Lien : septembre 2011, au cœur de la crise, le Franc suisse se lie à l’euro au taux de 1,2 franc pour un euro pour éviter l’asphyxie. Au début de la crise en effet, le Franc suisse fait figure de monnaie la plus sûre de toutes et voit affluer les capitaux du monde entier. Il monte, devient très surévalué, au point de risquer de faire plonger l’économie suisse dans une récession plus forte encore que ses voisins.C’est alors qu’il se lie à l’euro.
  • Un lien monétaire doit toujours se délier, sauf à fusionner les monnaies. Au début tout va toujours bien. Le lien tient et stabilise le Franc suisse par rapport à l’euro qui inquiète alors moins que le dollar. Mais les opérateurs savent que ceci ne durera qu’un temps. Quand la situation américaine s’améliore contre la situation européenne, ils achètent du Franc suisse, pour le faire monter. Et la Banque nationale suisse achète de l’euro, pour ne pas faire monter le Franc suisse ! Jusqu’à ce que son bilan s’accroisse énormément, plein d’euros. Ceci ne pourra durer.
  • Baisse nouvelle de l’euro : c’est le risque le Franc suisse ne veut pas prendre. Le Franc suisse a escorté la baisse récente de l’euro, avec l’idée que la qualité de la monnaie n’était pas en jeu et qu’il s’agissait, par les discours de Mario Draghi, de corriger l’anomalie de l’euro trop fort. Mais quand ce même Mario Draghi veut passer à la vitesse supérieure en faisant baisser davantage l’euro, notamment au-dessous de sa valeur de lancement, alors les autorités suisses s’inquiètent. Pour tenir le lien avec l’euro, elles devraient acheter toujours plus d’euros, s’aligner sur une monnaie faible et risquer de perdre leur image, tout en prenant des risques croissants dans le bilan de leur banque centrale.
  • C’est la coupure, avant l’annonce d’achats de bons du trésor de la BCE, a priori ce jeudi. Pour que le France suisse ne monte pas trop, les taux de dépôts sont négatifs et le Franc suisse va alors s’approcher du dollar. Quand on est sérieux, mais relativement petit, il faut savoir changer de partenaire, quand il devient moins sérieux, et s’ouvrir aux autres, plus sérieux et gros. Genève traite les commodities en dollars et veut, aussi, devenir une place de traitement du Yuan !
  • Le cas suisse est particulier : en général, on se lie plutôt pour ne pas trop baisser ! Ceci n’a pas marché avec le peg argentin (la coupure a été dramatique) mais plutôt bien avec le Yuan. Ce dernier largue aujourd’hui, doucement, les amarres par rapport au dollar, avec l’idée de monter un peu moins que lui…

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