Le monde aura moins de 3 % d’inflation cette année, contre 3,4 % en 2012 et 3,3 % en 2013. Sur un an, en janvier 2015, les prix ont baissé de 0,1 % aux Etats-Unis et de 0,6 % en zone euro. Les prix allemands et italiens ont baissé de 0,5 %, et les français de 0,4 %. Relèvent la tête… de l’inflation, le Royaume-Uni avec 0,3 % et le Japon avec 2,1 %. Pour expliquer cette importante désinflation, il y a évidemment la crise qui pèse toujours sur l’activité et qui renforce la concurrence. Il y a le chômage qui pèse partout sur les salaires, même aux Etats-Unis en quasi plein-emploi ! Et il y a bien sûr la chute du prix du pétrole. Une chute qui se retrouve dans les prix courants, pas dans les prix « hors pétrole et nourriture » bien sûr, sauf si le niveau actuel des prix du pétrole se maintient durablement et à plus forte raison s’il baisse de nouveau, avec un accord politique avec l’Iran par exemple.

Le monde a très peu d’intérêt, de taux d’intérêt s’entend. Le taux d’intérêt à 10 ans américain est à 2 % en février, contre 2,5 % en moyenne en 2014… et 5,7 % en 1999 ! Pour la zone euro, les taux de février sont à 1,05 %, la moitié de 2014 (2,28 %). Pour la France, nous voilà à 0,6 % en février 2015 contre 1,66 % en 2014… et 4,62 % en 1999.

Ceci peut durer en moyenne, mais pas partout. On le comprend : s’il y a moins de croissance, il y a moins besoin de ressources pour financer le privé, et si l’inflation est basse, la prime demandée par les investisseurs pour s’en protéger est d’autant plus réduite. Mais quand même : investir en Allemagne à – 0,2 % pour un bon d’état à deux ans et à -0,05 % pour un bon à cinq ans, c’est montrer qu’il y a beaucoup de liquidités, mais aussi beaucoup de craintes. Cette liquidité, partout abondante, vient des politiques monétaires mondiales : américaine, anglaise, japonaise et désormais de la zone euro. Elle va durer en quantité, mais changer d’origine.

Les Etats-Unis vont mieux, leurs taux vont monter. Ils ont arrêté leur programme d’achats de bons du trésor par la Banque centrale et devraient monter leurs taux à court terme, en juin ou en septembre 2015. A l’annonce de meilleurs chiffres d’embauche, le taux à 10 ans est immédiatement passé de  2 % à 2,2 % le vendredi 6 juin. Les calculs montrent que ces achats de bons du trésor par la banque centrale (quantitative easing) ont eu un effet de baisse moyen sur les taux de 100 points de base (1 %), un effet qui va se réduire dans le temps, de 20 points de base par an, si le prix du pétrole se stabilise bien sûr. Au cas où le prix du pétrole baisserait encore, cette logique de montée des taux longs serait différée et surtout atténuée.

Dans ce contexte, la question en zone euro est celle d’un double risque : « effet d’attraction » des taux européens par les taux américains d’abord, «  effet d’écart » des taux en zone euro selon la qualité perçue des politiques économiques des pays ensuite. Pour combattre l’effet d’attraction, les 60 milliards d’achats de bons du trésor sont là. Mais il ne faut pas oublier, en sens inverse, les bonnes nouvelles données par M. Draghi pour la zone euro : plus de croissance en 2015 (1,5 %) et plus d’inflation (de 0 % en 2015 à 1,5% en 2016). Le travail de Mario Draghi est donc de ralentir autant que possible l’effet d’attraction et d’avertir sur le risque d’écart, en demandant plus de réformes, notamment sur le marché du travail et la concurrence. Mais ces réformes viennent largement des politiques…

En théorie, un monde sans (taux) d’intérêt important permet des réformes à moindre effort. Les entreprises investissent et innovent à moindre coût, la reprise est plus facile, offrant de nouveaux emplois. Mais la sortie de cette crise est différente, parce que les emplois offerts aujourd’hui sont soit plus techniques (ce qui implique plus de formation), soit plus banalisés (avec des salaires en très faible croissance, d’autant que l’inflation est nulle). La polarisation des emplois est un phénomène massif, poussant à plus de formation et de mobilité. C’est alors que la pression des politiques importe.

Par malheur, l’histoire montre que la pression des politiques, sans celle des marchés, est faible. C’est maintenant qu’il faudrait pousser aux réformes, quand elles sont moins coûteuses. C’est maintenant que les politiques doivent le faire. Sauf s’ils attendent que les marchés les poussent à leur tour. On regrettera plus tard le monde sans (taux d’) intérêt d’aujourd’hui.

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