Tantrum ?  Une crise, un accès de colère, notamment chez les petits enfants, nous dit le dictionnaire.

Tantrum le 17 septembre, si Janet Yellen monte ses taux, ou si elle ne les bouge pas ?

Tantrum le 21 mai 2013 : le mot  naît. Ben Bernanke, alors patron de la Fed, fait une présentation de la situation économique, mais en changeant quelques mots au texte coutumier. Il parle alors d’une diminution des risques, grâce à une certaine amélioration de l’activité et de l’emploi. Il ajoute, dans cette situation, qu’il y aura  lieu de réduire (to taper, tapering) le soutien aux marchés. A priori de bonnes nouvelles. Mais voilà qu’il n’a pas fini de parler que les taux longs montent partout, surtout dans les pays émergents, que les bourses baissent et notamment les devises des émergents dévissent par rapport au dollar. Le taper tantrum de Ben Bernanke était né. Les marchés avaient piqué une colère en entendant que Ben Bernanke songeait à réduire (« taperer » si l’on peut dire) la précieuse dose de calmant qu’il leur administrait chaque soir, en achetant les bons du trésor américain.

Après la crise, le calme. Les achats de bons du trésor se sont arrêtés et la Fed n’en rajoute plus, réinvestissant les résultats. Il faudra une dizaine d’années pour que la montagne de bons se normalise. Les marchés financiers se sont remis de leur colère, de leur émotion, sinon de leur peur. Les taux à 10 ans sont au-dessus de 2,1 % aux Etats-Unis et en France à 1 % environ.

Retour du tantrum en août, et pourquoi ? Au fond, parce que la gestion de la Fed est prudente. Elle est liée à ce qui se passe dans l’économie, en fonction de ses deux objectifs, aussi importants l’un que l’autre : soutenir l’emploi, lutter contre l’inflation dans la durée. Plus le reste, dont on ne parle pas !

Aucune raison pour un tantrum américain : le taux de chômage est à 5,3 % de la population active, un quasi plein-emploi. L’inflation core (hors pétrole et produits alimentaires) est à 1,8 % pour un objectif de 2 %. Certes, on peut toujours dire que tous les américains ne sont pas encore employés et qu’un taux de chômage minimal à 5 % voire selon certains calculs à 4,4 % pourrait être atteint. Certes, on peut dire que l’inflation totale est en réalité à 0,1 % et non pas à 1,8 %, du fait de ce pétrole si bas et de ce dollar si fort.

Alors certains disent à la Fed d’attendre, pour que ce soit mieux encore. Mais d’autres s’inquiètent : ces taux si bas si longtemps peignent un paysage trop favorable. Ils font naître une bulle sur les obligations et sur les actions qui sont, toutes deux, trop chères. Commencer à monter les taux aujourd’hui, c’est calmer le jeu, avant que ce ne soit pire.

De plus en plus de raisons pour un tantrum dans les pays émergents. Ils voient baisser le prix du pétrole et décélérer (officiellement) la Chine. Qu’est-ce que ça annonce, côté pétrole ? Qu’est-ce que ça cache, côté Chine ? Et à ce moment la Chine fait baisser sa monnaie, relançant une vague de baisse des changes dans toutes les économies pétrolières, matières premières et émergentes !

17 septembre : super tantrum ? Alors Madame Yellen ? Pressera sur le bouton de la hausse ? Pressera pas ? Pressera, et on vous annonce la crise majeure, baisse des prix des commodities, des bourses et montée des spreads sur les pays fragiles, avec casse à prévoir, puis un premier effet du ralentissement sur les pays industrialisés hors Etats-Unis, puis sur les Etats-Unis. Pressera pas, mais ce sera pire ensuite, dans un ou deux mois. C’est bien pourquoi les pays émergents ont déjà réagi ces dernières semaines.

« Pressera  » se dit Janet Yellen. Elle se souvient des colères de son fils, quand il était petit. Rien de tel qu’une bonne colère plutôt qu’une série de petites se dit-elle. Après une bonne colère, même si elle est pénible, bruyante, voir inquiétante, l’enfant dort. Et il oubliera.

« Pressera pas : on ne sait jamais avec les enfants, se dit Janet, et plus encore avec ces marchés financiers qui croient tout comprendre parce qu’on est censé tout leur dire ! »

Alors Janet prit sa décision et se mit à parler dans l’enceinte de la Fed. Elle savait bien que sa décision serait celle des autres tant, dans cette enceinte, bien sûr, il n’y pas de place pour les colères.

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