Mario Draghi s’inquiète et va acheter plus de bons du trésor de la zone euro. Il s’inquiète et nous inquiète le 3 septembre, quand il revoit à la baisse les prévisions de croissance pour la zone euro. Ce sera 1,4 % cette année, puis 1,7 % en 2016, puis 1,8 % en 2018. La raison : « l’environnement international », plus précisément : les émergents. Il n’ira pas jusqu’à dire : la Chine, mais on le sait. Il s’inquiète et nous inquiète quand il ajoute qu’il revoit aussi à la baisse les prévisions d’inflation : 0,1 % cette année, puis 1,1 %, puis 1,7 %. La raison est alors avouée, c’est le pétrole.

Mario Draghi est peut-être encore plus inquiet qu’il ne dit. La zone euro est en effet plus exposée que les Etats-Unis à la baisse des prix du pétrole, côté désinflation, et à la baisse des exportations vers les pays producteurs de pétrole, côté croissance. Les Etats-Unis, en fait, sont peu ouverts aux échanges internationaux, de l’ordre de 15 % du PIB, et nous deux fois plus. Ainsi, même si la baisse du prix du pétrole devrait être « globalement positive » pour la croissance comme le dit le G20, on peut par exemple se demander si l’Arabie Saoudite et l’Egypte nous achèteront autant d’armes. On peut se demander si l’Algérie nous importera autant, elle qui a laissé baisser sa monnaie de 12 % depuis janvier. Ceci sans oublier bien sûr la Russie.

Mario Draghi sait bien, en plus, que la Fed va devoir monter ses taux, et qu’il faut s’y préparer. Ce sera entre septembre et décembre. Mario n’est pas obsédé par la date, car il ne travaille plus dans une banque d’affaires américaine. Ce qui lui importe, c’est l’annonce de la suite de la première hausse des taux, qui sera en outre accompagnée de celles du Royaume-Uni et du Mexique. Janet Yellen devra en effet calmer au maximum le jeu, pour freiner cette hausse du dollar qui n’arrange pas les Etats-Unis. Mais quand même, même si elle réussit, le dollar est et sera plus fort par rapport aux autres monnaies, notamment celles des émergents. Alors l’euro sera plutôt de son côté, en hausse. Même adouci, il y aura un choc qui l’inquiète.

Moins de croissance et d’inflation que prévu, un euro qui peut monter dans l’ensemble, des taux longs qui peuvent être attirés par les taux américains : il faut donc qu’il agisse au plus tôt.

Mario Draghi a seulement deux armes à sa disposition (sauf si la situation empire encore, bien sûr) : les mots, qu’il utilise avec un grand talent, et la Banque centrale européenne, qui peut acheter encore plus de bons de trésor pour faire repartir plus vite cette maudite machine européenne, qui crachote.

Donc il va acheter plus encore de bons du trésor. Donc il va faire grossir le bilan de la BCE. Comment ? D’abord, il va acheter jusqu’à 33 % des nouvelles émissions, ensuite il va poursuivre ses achats plus longtemps, après septembre 2016 la date prévue pour arrêter, enfin il va réfléchir bientôt à pouvoir acheter plus de produits, notamment des obligations d’entreprises (ceci, il n’en parle pas aussi directement).

On le comprend, la taille du bilan de la BCE n’est pas près de se réduire si la zone euro ne veut pas trop suivre la piste américaine de la hausse des taux. Il n’y a aucune raison. La zone euro a presque le double du taux de chômage des Etats-Unis et la moitié de leur croissance. N’empêche : les marchés financiers ne croient que ce qu’ils voient. Il y a quelque mois, ils craignaient que la BCE n’arrête ses achats de bons de trésor ! Il faudra qu’ils s’y fassent, une BCE qui achète plus, donc toujours plus grosse, c’est la preuve que la zone euro cherche à croître en se protégeant un peu plus des autres, soit qu’ils aillent plus mal (les émergents), soit qu’ils aillent mieux qu’elle (USA et RU).

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