Si la carte est un instrument scientifique de représentation de l’espace, elle donne à voir une vision du monde propre à son auteur. En géographie, on prend souvent l’exemple du planisphère : selon les cas, l’Europe et l’Afrique, l’Amérique ou l’Asie et l’Océanie sont placés au « centre du monde », imposant une certaine perspective au lecteur et définissant par là même sa représentation du monde.

Ainsi, celui qui crée la carte influence la perception de celui qui l’utilise – et à fortiori, les décisions qui découleront de cette perception. Osons transposer cette parabole littéraire, en économie aussi, il semblerait que la carte soit plus importante que le territoire…

En quoi ce sujet intéresse-t-il le secteur automobile ?

La voiture connectée, et à terme la voiture autonome, a besoin d’une représentation extrêmement complète et précise de l’environnement dans lequel elle évolue. Si le guidage par satellite offre la possibilité de se repérer et de s’orienter, il manque de précision. Le GPS traditionnel offre en effet une précision allant de 7 à 10 mètres, bien assez pour trouver une station essence ou une bretelle d’autoroute mais insuffisant dès lors qu’il s’agira de laisser le volant au seul véhicule. Gagner la bataille de la voiture connectée passe donc par une maîtrise totale de la carte.

Aujourd’hui, seuls quelques acteurs sont en mesure de produire une représentation cartographique en trois dimensions (Utilisation d’un LIDAR pour Laser detection and ranging), afin de permettre au véhicule de fonctionner sur « pilotage automatique ». Le système doit être en mesure de combiner en temps réel les informations provenant des différents capteurs et senseurs embarqués, de sa base de données existante sur l’environnement (carte 3D) et des autres informations communiquées par internet (données de trafic, indications partagées par d’autres conducteurs par exemple). Autant dire que pour fonctionner, les voitures connectées de demain vont nécessiter le déploiement de puissances sans aucune mesure avec celles existant actuellement dans nos véhicules.

Google, connu pour avoir cartographié la planète, est déjà capable de réaliser des cartographies en 3D pour sa voiture autonome… et celles des autres constructeurs. C’est bien entendu le premier concerné par ce sujet. Nokia Here et TomTom comptent aussi parmi les protagonistes potentiels pour ce chantier.

La carte selon Google

Pour Google et les autres, procéder à cette entreprise cartographique revient à reproduire ce que la firme de Moutain View a déjà réussi à faire dans le traitement de l’information sur le web. De la même manière que le moteur de recherche fait remonter aux internautes des réponses à leurs requêtes en fonction de critères maîtrisés (algorithmes et sponsoring), la carte de Google montrera aux conducteurs un environnement tel que structuré par la firme.

Dans l’habitacle, l’utilisateur aura accès prioritairement à ce que l’on veut bien lui montrer. Au-delà des itinéraires, cela concerne surtout les magasins, restaurants, lieux de loisirs etc. Alors, limitation de sa liberté individuelle ou suggestions pertinentes selon ses goûts, les points de vue divergeront. Ce qui est sûr, c’est que celui qui fournira la carte disposera d’un avantage certain pour influer sur la façon dont les conducteurs percevront leur environnement et sur la façon dont les différents acteurs économiques y figureront.

Il y a 115 ans, Michelin créait un guide distribué gratuitement aux chauffeurs, afin de soutenir le développement de l’automobile – autrement dit, afin d’inciter les quelques 3 000 automobilistes français de l’époque à user du pneu… La différence aujourd’hui, c’est qu’avec un parc automobile français de plus de 38 millions de véhicules (environ 1 milliard à l’échelle planétaire), les enjeux ont changé d’échelle.

Si les enjeux du secteur automobile vous intéressent, n’hésitez pas à me contacter.