Depuis la présentation des systèmes Google Android Auto et Apple CarPlay, les annonces de partenariats entre constructeurs et géants du high-tech se sont multipliées. Mais contrairement à ce que beaucoup d’observateurs prévoyaient, la majorité des contrats d’exclusivité est restée dans les placards. Un trimestre après le début de l’offensive, revue des forces en présence.

Il y a seulement quelques mois, on s’attendait à une partie particulièrement serrée entre les constructeurs automobiles et les géants du high-tech, avec quelques questions en suspens : qui travaillerait avec qui ? Quelle serait la nature exacte des collaborations ? Et surtout, à quelle vitesse les géants du high-tech envahiraient l’habitacle ? Avec respectivement 8 milliards et 4,5 milliards de dollars de dépenses R&D par an, Google et Apple faisaient figures d’ogres prêts à fondre sur nos tableaux de bords. Dès à présent, les nombreuses alliances officialisées permettent de tirer les premières observations.

Ne pas choisir, c’est encore choisir ?

Quand 11 marques automobiles se sont rangées exclusivement du côté d’Apple, 10 ont penché pour Android. En France, Peugeot a opté pour la firme à la pomme, tandis que Renault a choisi Mountain View. Mais un autre constat est encore plus intéressant : 18 marques travaillent indifféremment avec les deux firmes. C’est notamment le cas de l’ensemble des marques automobiles américaines. Au final, les scores sont donc extrêmement serrés : 29 marques au tableau de chasse d’Apple, contre 28 chez Google.

Deloitte Partenariats voiture connectée

Selon les marques, il faut regarder les chiffres d’un peu plus près. Là encore, on est très proches de l’ex aequo. Si l’on se réfère aux statistiques de production de véhicules de 2012 fournies par l’OICA, les acteurs travaillant avec Apple couvrent théoriquement une production totale de 47 millions de véhicules, et ceux collaborant avec Android en totalisent 44 millions. Rappelons que la production totale de voitures dans le monde s’élevait à 63 millions en 2012… Un constat est néanmoins flagrant, en moins de six mois Apple et Google ont réussi à conclure des alliances couvrant théoriquement 59 millions de véhicules soit près de 93 % de la production automobile mondiale.

Les géants du high-tech : des passagers cantonnés à l’infotainment

On pensait que la partie entre géants du high-tech et constructeurs automobiles se jouerait comme aux échecs : deux camps puissants prêts au face à face, et un vainqueur unique à la clef – ou un pat, éventuellement. En réalité, la stratégie actuelle ressemble davantage à celle d’une partie de go : les constructeurs ouvrent l’habitacle aux géants du web, leur donnent accès au tableau de bord pour proposer de l’infotainment (téléphonie, musique, apps), mais semblent vouloir garder la maîtrise des intersections stratégiques.

Ainsi, les constructeurs automobiles restent maîtres des informations à valeur ajoutée, comme les données de conduite, de comportement du véhicule et de son usure. Or, selon notre récente étude L’automobile vue par la Gen Y, 58 % des jeunes Français estiment que les technologies doivent améliorer la sécurité du véhicule, et 71 % souhaitent qu’elles les guident pour devenir des conducteurs plus sûrs. En laissant plusieurs systèmes pénétrer l’habitacle, les constructeurs automobiles se préservent d’en rendre un seul hégémonique et se réservent donc la possibilité d’en ajouter un autre (le leur !) pour satisfaire ces attentes. A l’heure où la voiture connectée se cherche encore un modèle économique, il est clair que la partie de Go ne fait que commencer.

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