Article co-écrit avec Véronique Monier, associée Deloitte Développement Durable et Pauline Cristofini, consultante Deloitte Développement Durable.

L’urgence de la crise de la biodiversité n’est désormais plus à démontrer : la 6ème extinction de masse, la première déclenchée par les activités humaines, est en marche. Comme présenté dans le rapport de l’IPBES publié le 6 mai 2019, il est nécessaire d’enclencher des « changements transformateurs » pour restaurer et protéger la nature.

L’enjeu est de taille : « la nature décline globalement à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine – et le taux d’extinction des espèces s’accélère, provoquant dès à présent des effets graves sur les populations humaines du monde entier » alerte le nouveau rapport de la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES) présenté lors de la 7ème plénière de l’IPBES (du 29 avril au 4 mai) à Paris.

A l’échelle européenne, les politiques publiques et études terrain contribuent à favoriser la protection des habitats et espèces. En 2018, Deloitte a contribué à l’étude menée par l’Institute for European Environnement Policy (IEEP) avec un consortium européen pour la Commission Européenne visant à identifier les facteurs clés de succès dans la mise en œuvre des directives « Oiseaux et Habitats ». Malgré les succès localisés de certains programmes, ceux-ci doivent être intensifiés pour impacter plus largement les habitats et espèces et inverser les tendances négatives actuelles. Cette étude vise à favoriser le développement de mesures de conservation efficaces à l’aide du suivi du bilan et des résultats des directives Nature, y compris le plan d’action sur la Nature, les Hommes et l’Economie de la Commission Européenne.
Cette étude a été l’occasion de consolider les améliorations réelles signalées par les Etats membres, en tirer des leçons et des recommandations à l’intention de la Commission et des autorités des Etats membres : un bel exemple de coopération européenne au bénéfice de la biodiversité.

Mais les entreprises ont également un rôle important à jouer dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité.

Les cinq causes majeures de cette érosion, toutes aggravées par les activités humaines, sont désormais connues : la destruction et dégradation des habitats, la surexploitation des ressources, les pollutions, le changement climatique et les espèces exotiques envahissantes. Alors même que les entreprises ont souvent une large responsabilité dans cette situation, elles en subissent aussi les effets. En effet, de nombreux secteurs d’activité, comme le secteur immobilier ou le tourisme, dépendent – souvent même plus qu’on ne le pense – de la biodiversité et des services écosystémiques rendus. Les entreprises doivent donc assumer leurs responsabilités.

Force est de constater que le sujet biodiversité n’est aujourd’hui pas traité comme un sujet à part entière par les entreprises, qui se concentrent dans un premier temps sur des bilans carbones, des stratégies climat et autres alignements avec les Accords de Paris. Pourtant, changement climatique et érosion de la biodiversité sont liés : une économie bas carbone ira de pair avec une gestion durable des ressources naturelles.

Les entreprises, tous secteurs d’activité confondus, doivent prendre davantage en compte la biodiversité pour faire de ces enjeux une véritable opportunité. Chaque organisation peut d’ores-et-déjà initier des démarches de mesure et d’évaluation de ses impacts et de ses interdépendances, pour aller plus loin avec la mise en œuvre d’initiatives fortes en faveur de la biodiversité. Chaque entreprise est maître d’initier ces « changements transformateurs » nécessaires, au travers de plan d’actions concrètes permettant de minimiser ses impacts, de sensibilisation de ses collaborateurs, du financement de la recherche ou du développement de l’innovation continue.

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