En collaboration avec Chloé Grand, Consultante Services financiers Immobilier.

Précédant l’innovation, la créativité est un processus de génération d’idées et de solutions répondant à un problème de manière novatrice et originale. Si l’intérêt porté au processus de créativité et d’intelligence collective s’est généralisé dans les entreprises anglo-saxonnes, il peine à être pleinement compris au sein des organisations françaises. Or, compte tenu des multiples mutations de notre environnement économique, il est vital de rattraper les entreprises les plus innovantes du marché pour développer de nouvelles sources de croissance et de performance. Mais comment devenir une entreprise dite créative ? Comment créer un environnement propice à la génération d’idées novatrices ? Quatre grands facilitateurs s’offrent à l’entreprise pour développer sa créativité : les espaces, les méthodes de travail, les outils digitaux et les pratiques managériales.

Pourquoi se concentrer sur le potentiel créatif de ses collaborateurs ?

La réponse semble évidente : la créativité engendre de l’innovation, qui engendre de la performance, de la croissance et donc un meilleur chiffre d’affaires. Mais les enjeux sont en réalité bien plus importants. En interne, favoriser un nouveau processus de co-création permet de responsabiliser ses collaborateurs, d’améliorer la coopération et le partage de connaissances, d’intégrer davantage les outils technologiques et par conséquent d’accroitre le bien-être général au sein de l’organisation. Par ailleurs, écouter la voix de ses clients, fournisseurs, distributeurs et des talents externes (open-innovation) permet de multiplier ses capacités créatives et d’innovation, de rajeunir son image de marque, d’attirer de nouveaux talents, de rencontrer de nouveaux marchés à conquérir et d’avoir un temps d’avance dans la course à la compétitivité.

De nouveaux environnements de travail

Les espaces de travail évoluent aujourd’hui vers plus de flexibilité et un état d’esprit plus informel pour renouveler la coopération, le partage de connaissances et stimuler l’intelligence collective.

En France, certaines entreprises comme Bouygues Telecom[1], Coca-Cola[2] et SAP[3] se sont ainsi attachées à créer de nouvelles salles de collaboration créative au sein de leurs locaux, pour capter de manière innovante et ludique le savoir et les idées de leurs collaborateurs. Combinés à des outils technologiques adaptés, ces nouveaux espaces, au mobilier modulable en fonction de chaque besoin, offrent davantage de liberté d’action et permettent la création de valeur.

D’autres entreprises sont allées encore plus loin en créant de véritables laboratoires créatifs, communément appelés « Fab Labs ». Alcatel-Lucent a inauguré en 2014, dans l’Essonne, « Le Garage ». 100 m² divisés en trois espaces distincts et modulables : la cuisine, le living (12m de tableau blanc) et le Garage. Véritable structure agile, dans sa configuration (mobilier à roulettes) et dans ses processus (basé sur le Lean Startup), elle permet à tous les employés de réaliser, en réel, leurs projets innovants grâce à de nombreux outils technologiques à disposition (imprimantes 3D, logiciels de modélisation logicielle, …).

Ces nouveaux espaces favorisant l’intelligence collective ont l’avantage ultime de « mettre en relation des populations diverses, de par leur métier et par leur culture, afin de résoudre des problèmes et catalyser des projets innovants qui ne seraient pas nés dans une organisation classique »[4]. De nombreuses entreprises ne disposent cependant pas de surfaces suffisantes à allouer à ces espaces de collaboration. Ainsi, des incubateurs d’idées, comme la Deloitte GreenHouse, ont été créés et mettent à disposition tout le mobilier et les outils 3.0 encourageant la créativité des collaborateurs à l’extérieur de leurs locaux.

Une méthode de travail innovante : la gamification

Phénomène à la mode, la « gamification » permet de transposer les mécaniques du jeu dans un domaine non ludique pour résoudre un problème de manière innovante, améliorer une offre, apprendre à mieux collaborer, etc…. Plus de 70% des entreprises dominant le marché mondial possèdent déjà une application de gamification. Le secteur bancaire investit notamment beaucoup dans des serious game pour augmenter ses ventes : Switch by Axa, Truc de ouf par Caisse d’Epargne ou encore Allianz Expérience ont joué le jeu ! Co-construire l’avenir de son entreprise grâce au jeu ne doit plus être considéré comme un simple loisir et une perte d’argent, mais comme un véritable vecteur de création de valeur.

La digitalisation libère la créativité

La digitalisation des usages peut également agir de façon plus ou moins radicale sur le processus créatif. Par exemple, une organisation peut, dans un premier temps, encourager ses collaborateurs à partager de nouvelles idées grâce à la création d’une boîte à idée digitale. IDCLIC chez Orange permet à plus de 80 000 collaborateurs de libérer leur créativité. Depuis ses débuts il y a 7 ans, l’initiative a permis de déployer 10% des 122 000 idées déposées et de réaliser plusieurs centaines de millions d’économies.

Le rôle primordial du manager

Implanter des espaces, outils et pratiques favorisant la créativité collective nécessite l’adhésion de l’ensemble des collaborateurs ; il s’agit de donner du sens au projet pour sécuriser les nouvelles actions. Le management a donc un rôle primordial.

Chaque changement doit être accompagné d’un management par la confiance qui encouragera l’organisation à développer sa créativité de manière collective. Dans la logique d’un processus de créativité, la parole de chaque collaborateur est écoutée et doit être respectée.

Si la carte de la créativité et de l’intelligence collective est jouée, le management ne doit plus craindre l’échec. En effet, ce processus n’est pas linéaire et sera freiné par un environnement dans lequel seules les réussites sont mises en avant. Il est important d’intégrer les erreurs comme opportunités d’apprentissage en les analysant de manière collective dans une approche « test and learn ». Le manager doit adopter une posture de « leadership disruptif ». Cela suppose qu’il sache se remettre en question, douter de lui, apprendre de ses erreurs. Il s’agit d’encourager la prise de risque réfléchie.

Sans modifier toute son organisation pour tendre vers un modèle de startup ou vers des géants créatifs comme Google ou IBM, devenir une entreprise plus créative suppose donc d’ouvrir son écosystème de pensée, d’écouter la voix du client et de tous ses collaborateurs, de donner corps à la coopération, d’expérimenter en mode pilote, d’être pragmatique et surtout de ne pas craindre l’échec. Revoir, en somme, sa manière d’envisager le travail et l’entreprise, pour apprendre à sortir de sa zone de confort et garder une longueur d’avance.

Si ce sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

[1] Chez Bouygues Telecom, une WarRoom est mise à disposition de l’ensemble des directions pour générer de nouvelles idées en laissant libre court à l’imagination.

[2] Le nouveau siège de Coca Cola France à Issy-les-Moulineaux a mis en place de nombreux espaces pour rendre plus ludique la génération d’idées de la part de ses collaborateurs. Une salle permet, par exemple, d’écouter de la musique dans de confortables fauteuils.

[3] SAP propose des salles où les collaborateurs peuvent écrire, partager, co-construire sur les murs des salles de bureaux avant de tout effacer pour recommencer.

[4] Bertrand Marquet, Open Innovation Manager et co-fondateur du Garage