Article co-écrit avec Anis Ayari, consultant Data & Analytics

Et si l’outil qui allait bientôt bouleverser notre monde était… une simple caméra ? Derrière cet objet familier, que nous connaissons tous et possédons presque tous, se cache en effet l’une des révolutions technologiques les plus importantes des années à venir. Son nom : computer vision. Ses applications : infinies.

La computer vision – traitement d’image assisté par ordinateur en français – appartient à la grande famille des intelligences artificielles. Plus exactement, elle est à l’IA ce que les yeux sont à l’humain : un outil extrêmement performant capable d’analyser et de reconnaitre une image, et même d’analyser plusieurs images simultanément (autrement dit, un flux vidéo). Pour y parvenir, la computer vision s’appuie sur différentes technologies : le traitement d’image (application d’opérations et d’algorithmes directement sur l’image), le Deep Learning (apprentissage profond par réseaux de neurones à l’aide de grandes quantités de données), mais aussi le générative IA qui a notamment permis la création du premier tableau vendu peint par un ordinateur à partir d’un code open-source.

De tous les champs actuels de l’IA, la computeur vision (CV) est le domaine qui a fait l’objet du plus grand nombre de publications de recherche dans le monde ces dernières années et qui a le plus fort potentiel business aujourd’hui.

Les raisons d’un tel succès sont assez simples. Les « données image » que traite la CV sont partout autour de nous, et sont le reflet absolument exact de la réalité : même si le risque d’erreur est bien sûr toujours présent, une caméra capte le monde tel qu’il est et transmet des informations extrêmement fiables. En cela, la computer vision constitue une avancée majeure par rapport à l’IoT, qui présente des phénomènes de latences et d’incertitude– on parle de « bruit » lié à toute transmission d’informations – qui, même si elles sont minimes, peuvent brouiller la qualité des données transmises. Autres « plus » en faveur de la computer vision : des données extraites beaucoup plus faciles à exploiter, et des domaines d’application extrêmement larges.

Dans le monde automobile, Tesla a déjà choisi son camp : entre IoT et CV, son cœur ne balance plus – le groupe a annoncé que ses véhicules autonomes seraient équipés de caméras, et non plus de capteurs électroniques, pour réduire au maximum le risque d’accident. Le secteur du retail s’est lui aussi déjà lancé à la conquête de la vision par ordinateur. La start-up SES-Imagotag a ainsi développé une solution permettant, grâce à des caméras et un logiciel, de signaler aux employés qu’un rayonnage est vide ou que les stocks sont trop bas dans les entrepôts. Chez Deloitte, nous avons imaginé la solution « IVI », qui aide les retailers physiques à mieux connaitre leurs consommateurs. En se basant sur les technologies d’Intelligence Artificielle tout en respectant les données personnelles, l’outil offre des informations essentielles pour déterminer le profil des clients (âge, sexe, identification) et leur expérience en magasin (temps de visite, chemin parcouru, émotions). Ces nouvelles données, associées au système d’information existant, ouvrent de nouvelles perspectives d’analyse et permettent d’adresser de nouveaux usages innovants. Dans le secteur industriel, nous avons également développé un outil permettant de différencier, grâce à des caméras, des colis empilables des colis non empilables. Grâce à la computer vision, la pertinence du tri est ainsi passé de 63% à 94%, ce qui représente une économie de coût non négligeable pour le groupe utilisant cette technologie.

La liste des applications de la CV est quasi infinie, et s’allonge de jour en jour. Dans le domaine de la santé notamment, la computer vision ouvre des perspectives vertigineuses : un programme d’étude américain basé sur la computer vision promet une détection plus rapide et efficace des cancers tandis qu’à Paris, une startup santé développe une IA de détection du cancer du sein. En matière de sécurité, des avancées majeures sont également à attendre : une solution basée sur la CV permet d’ores-et-déjà de détecter des bagages abandonnés, et en Chine, la police dispose de lunettes connectées. Côté environnement, un drone équipé de caméras est amené à jouer un rôle déterminant dans la sauvegarde de la grande barrière de corail.

Des exemples parmi tant d’autres, qui montrent que la CV est loin d’être de la science-fiction : extrêmement concrète, elle fait déjà entrer l’IA dans notre quotidien. Et ce n’est qu’un début ! La computer vision est un eldorado, où tout est encore à inventer. Plus la puissance de calcul des ordinateurs va augmenter, plus les cas d’usage vont s’étendre et s’appliquer à de nouveaux domaines. La révolution par l’image est en marche !