Nous n’en finissons plus d’entendre chanter les louanges de l’innovation, condition devenue sine qua none de la réussite d’une entreprise et même de sa survie dans un contexte économique toujours plus complexe. Les mêmes success stories hantent les lignes de nos journaux et les discours de nos experts : les Netflix, Airbnb, Uber, Free et autres Lending Club sont la preuve indéniable qu’innover conduit au succès. N’enfonçons donc pas des portes ouvertes : la question n’est plus de savoir s’il faut innover ou non, mais plutôt comment innover ? Comment une entreprise désireuse de se démarquer de ses concurrents et de conquérir de nouveaux marchés doit-elle s’y prendre concrètement ?

Notre conviction est la suivante : pour bien innover, il faut avant tout faire appel à ceux qui sont au contact du terrain, des clients et du quotidien de l’entreprise. Ce sont eux qui sont les plus à même d’identifier les moyens de faire mieux et autrement. D’où l’intérêt de développer un programme d’intrapreneuriat, dont l’objectif est justement d’encourager celles et ceux qui ont des idées à le faire savoir et prendre du temps pour construire un projet.

Notre cabinet a lancé ce type de programme il y a deux ans. Bilan à ce jour : vingt projets développés et rentables parmi une centaine de projets étudiés, plus de 200 collaborateurs impliqués et une belle dynamique d’innovation qui n’est pas prête de s’essouffler.

Cette expérience nous a d’abord convaincus que la meilleure stratégie à adopter en matière d’innovation était la politique des « petits pas » : à savoir, prendre peu de risques au début afin de faire ses preuves et convaincre de la solidité de sa démarche, pour ensuite aller plus loin dans l’innovation. N’oublions pas que l’innovation, souvent, fait peur. La clé du succès est donc dans un premier temps de rassurer, de concentrer ses efforts sur de l’innovation incrémentale et d’aller chercher des victoires courtes. La dynamique créée permet dans un second temps de prendre plus de risques et de mener de l’innovation adjacente voire de rupture. Nous avons ainsi commencé par privilégier des projets proches du savoir-faire et des métiers de Deloitte, en lien avec la digitalisation. Les ROI courts que nous avons obtenus nous ont permis générer un chiffre d’affaire intéressant et ont ouvert la voie à des projets plus audacieux, plus en marge de notre zone de confort et potentiellement plus rentables.

L’autre clé du succès réside dans la qualité de l’accompagnement que l’entreprise offre aux porteurs de projets innovants, souvent par l’intermédiaire d’une entité dédiée, indépendante et transverse à l’entreprise. Il s’agit bien sûr d’abord d’un accompagnement financier, qui permet de financer les investissements nécessaires et de rémunérer le temps passé par les collaborateurs à développer ces projets innovants. Mais il s’agit aussi de mettre à disposition un écosystème de partenaires, à la fois  internes – départements communication, marketing, qualité… – et externes à l’entreprise – startups, agences, fournisseurs… – pour favoriser l’import d’innovation et l’attraction indirecte de talents. L’objectif est de faciliter l’accès aux ressources dont les entrepreneurs ont besoin pour mener à bien leur projet. L’accompagnement se traduit également par l’apport d’une expertise marketing et communication ; car si les collaborateurs connaissent très bien les besoins de leurs clients, ils n’ont pas forcément la vision « go-to-market » nécessaire au développement d’une offre et à sa mise sur le marché. Bien accompagner l’innovation, c’est enfin alimenter les réflexions, stratégies et idées des entrepreneurs via un travail régulier de veille (marché, concurrents, environnement économique…).

Mais l’essentiel – et aussi, sans aucun doute, le plus difficile – n’est peut-être pas là. La vocation d’un programme d’intrapreneuriat, au-delà de la mise à disposition indispensable de moyens concrets et de services de coaching, est à chercher plus en amont, dans une certaine forme d’éducation à l’innovation. Nous savons que chaque individu au sein d’une entreprise est un entrepreneur potentiel : chacun d’entre nous a des idées, est capable de voir les choses différemment et d’imaginer des concepts innovants. Encore faut-il savoir capter ces idées, encourager les collaborateurs à les partager, les décomplexer pour qu’ils n’aient pas peur du jugement, les rassurer sur le fait qu’ils ont droit à l’erreur et récompenser les initiatives. Sans ce travail d’ « évangélisation », pas d’innovation. Un programme d’intrapreneuriat doit donc avant tout permettre l’éclosion des idées, en communiquant sur l’innovation et ses bénéfices et en faisant souffler un vent de créativité à travers toute l’entreprise. Pour cela, il doit avant tout s’appuyer sur le management, qui est son principal relais auprès des collaborateurs, et qui doit porter l’innovation à tous les niveaux. Chez Deloitte, chaque responsable de Business Unit appartient à un Comité Innovation rattaché au Comex, chargé d’examiner les projets innovants et d’accorder des financements. Un ambassadeur de l’innovation a également été désigné au sein de chaque activité de l’entreprise, pour encourager la remontée d’idées. Rendre l’innovation lisible, visible et accessible à tous : c’est à cette condition nécessaire que les entreprises pourront faire mieux et différemment, en développant l’intelligence collective pour conquérir de nouveaux territoires.

 

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