Les transports en commun, parce qu’ils nécessitent des investissements considérables et la collectivisation de l’espace où sont mises en place les lignes, peinent à desservir des banlieues toujours plus étendues. Leur faible productivité a pour résultat qu’entre 1975 et 2014, il faut quatre fois plus d’argent public pour un même voyage réalisé, selon Jean Colfedy, ancien adjoint de la Métropole de Lyon. En outre, la planification au niveau des bassins de vie est interdite par la dispersion des pouvoirs dans le mille-feuilles des institutions territoriales.

La conséquence apparaît aujourd’hui avec la révolte des gilets jaunes en France. Les besoins de transports ne sont pas couverts par les services publics, il n’y a pas d’autre solution que l’automobile. Et comme trop d’automobiles tue l’automobile, les temps de transports s’allongent, la mobilité devient de plus en plus pénible et chère.

Le gouvernement d’Edouard Philippe a essayé de faire sauter ces blocages, qui paralysent les transports, en réformant la SNCF et en considérant les mobilités dans leur ensemble dans une loi qui donnera enfin le cadre global de moyen terme indispensable. Il en sortira des améliorations certaines mais très relatives, à cause d’abord du manque de moyens financiers.

En réalité, les problèmes vont se poser de façon nouvelle avec l’arrivée à maturité de certaines innovations : la High Tech fait sauter les oppositions d’hier, les transports en commun « contre » les transports individuels, et ouvre l’immense champ des maillages par une mixité des technologies. La simplicité que les politiques d’hier n’étaient pas capables d’offrir, revient avec l’innovation.

Le couple des applications internet de réservation et des petites batteries rechargeables rendent très faciles d’utilisation des vélos, des trottinettes, des scooters, des voitures. Demain, les possibilités vont se multiplier avec l’autopartage, les véhicules autonomes, et les drones, qui sait ? Il faut, bien entendu, des lois pour assurer la sécurité, pour éviter les conflits et les accidents, pour créer des assurances. Mais pour les pouvoirs publics, la porte s’ouvre pour sortir des blocages d’hier et pour définir un nouveau « cadre » d’évolution des moyens de transports moins coûteux et moins fermés que le choix limité et politiquement chargé, entre public et privé, entre route et rail. L’innovation élargit les horizons entre un transport public collectivement très efficace et individuellement contraignant et l’automobile personnelle, individuellement pratique mais collectivement nuisible et inefficace.

La profusion des moyens va rouvrir le cadre de la mobilité au sein des villes, puis dans les périphéries, puis dans les territoires, et va permettre de repartir vers l’avant. Pour les transports, une économie écologique de la mobilité se dégage.

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