La DSP2 a ouvert de nouvelles perspectives : le métier des API apparaît désormais comme le futur de la banque et de l’Open Banking. Tink en est la preuve : fintech suédoise créée en 2012, elle a déjà levé près de 80 millions d’euros en vue de son développement à l’international. Tink propose une plateforme cloud d’Open Banking, connectée à plus de 2 500 institutions financières dans 10 pays pour agréger les comptes de leurs clients. En juin 2019, Tink annonçait son lancement sur le marché français. Interview croisée, avec Jérôme Albus, Directeur Régional France & Benelux de Tink, sur les enjeux de l’Open Banking et de l’exploitation des données.

L’agrégation de données en B2B est-elle promise à un meilleur avenir que l’agrégation de comptes en B2C ?

Jérôme Albus :
Oui. En 2016, de grandes banques européennes nous ont approchés pour développer des applications similaires à la nôtre, en utilisant notre technologie. Depuis, d’autres acteurs ont manifesté un intérêt croissant pour notre savoir-faire et en 2017 nous avons décidé de basculer complètement vers un modèle B2B. Notre plateforme d’Open Banking permet aux banques et aux fintechs, grâce aux API, d’accéder aux données de leurs clients afin de leur fournir des services personnalisés et donc d’améliorer leur expérience.

A moyen terme, nous pensons que les plateformes de connectivité aux API vont être concentrées chez quelques leaders mondiaux, qui permettront aux autres acteurs (banques, Fintech, TPP, sociétés de paiement…) d’exploiter ou développer de nombreuses solutions innovantes basées sur les données clients.

Julien Maldonato :
En effet il y a aujourd’hui une forte relation de confiance entre les banques et leurs clients. 67 % des français passent par leurs banques pour effectuer des paiements et agréger leurs comptes. Les applications BtoC vont avoir du mal à subsister et ces acteurs ont donc un réel intérêt à se positionner sur le marché BtoB qui s’agrègera effectivement probablement autour de quelques grands acteurs nationaux voire mondiaux.

Quel regard portez-vous sur le marché français de l’Open Banking ?

Julien Maldonato :
La DSP2 est entrée en vigueur il y a un an et demi, et avec elle l’obligation pour les banques de mettre en place des API afin de permettre aux TPP d’accéder aux comptes de paiement depuis septembre 2019, date d’application des RTS (Regulatory Technical Standards) en France. Les banques françaises viennent d’investir dans des programmes visant à développer ces API. La plupart d’entre elles sont donc sûrement déjà équipées. En revanche, le marché des banques de Tier 2 et les banques privées est une belle opportunité car ces dernières sont peut-être moins équipées en API que des banques de Tier 1, et pourraient donc avoir la nécessité de passer par des plateformes d’Open Banking.

Jérôme Albus :
La France présente un vrai potentiel : le marché exige des solutions numériques innovantes et les acteurs traditionnels doivent s’y adapter.
Les banques ont atteint un réel seuil de maturité et ont pris conscience de l’importance de l’Open Banking. Elles entrent maintenant dans une nouvelle phase de développement de solutions mobiles.
Je pense que les acteurs de l’Open Banking français ont créé une dynamique et des attentes pour ces services. Néanmoins, fort de ses connaissances et de ses retours d’expérience acquis sur les autres pays européens, Tink apporte une nouvelle dimension et une vraie valeur ajoutée au marché français. Un atout clef qui devrait accélérer notre développement dans l’Hexagone !

En dehors des banques, qui pourrait être intéressé par les plateformes d’Open Banking ?

Jérôme Albus :
La plateforme de Tink est ouverte à tous ceux qui veulent développer des solutions ou améliorer leurs services grâce à l’accès aux données financières. Beaucoup de fintechs, d’établissement de crédits, de PSP et de start-up choisissent d’utiliser notre plateforme plutôt que de construire leurs propres connexions. Les cas d’usages sont nombreux. Dans certains cas, il s’agit simplement d’être en mesure de pré-remplir automatiquement les coordonnées bancaires d’un client, de comparer les taux d’intérêts d’un prêt ou d’un compte épargne souscrit par un client afin de lui proposer des offres plus avantageuses ou de développer des outils de credit scoring. L’ensemble visant à toujours améliorer l’expérience clients et développer de nouvelles opportunités. Les possibilités ouvertes grâce à l’accès aux données financières sont infinies.

Julien Maldonato :
Il serait également intéressant d’analyser le besoin des assureurs. A l’image des banques françaises, ces derniers ont l’opportunité de développer leur connectivité via la mise en place d’APIs et ainsi de profiter de l’ouverture des données de paiement. Les assureurs pourraient ainsi améliorer leur gestion du risque (individuel, de bien ou de personne, collectif, entreprise, etc.) et proposer des assurances complémentaires. En se basant sur la connaissance comportementale, elle-même issue de la connaissance des données de paiement, ils pourraient par exemple repérer un changement de logement et proposer la mise en place d’une nouvelle assurance, ou encore identifier des achats d’immobilier et proposer de changer le montant des garanties.

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