En ces temps d’élections présidentielles, on ne compte plus les idées économiques, sociales et géopolitiques qui vont nous sortir d’affaire. C’est donc que la situation est grave. Il est vrai que l’on a sans doute besoin d’idées, mais aussi que trop peuvent cacher un manque de vraie solution ou de courage, car peu de slogans font, en fait, la différence pour gagner – et surtout pour réussir.

« Travailler plus pour gagner plus » est resté dans toutes les mémoires en fonction de son efficacité : l’offre de chacun était la solution de chacun et de tous, le travail produisait sans problème des débouchés et des revenus. La concurrence des autres pouvait être battue par notre force. Il suffisait de vouloir, ce qui permettait de bousculer les limites internes, les 35 heures, en attendant mieux.

Cette approche a été, en fait, battue par la crise mondiale et par la montée du chômage, puisque « travailler plus » n’était plus possible. D’où l’idée de partager davantage les revenus, par les hausses d’impôts pour lutter contre « la montée des inégalités », et de revenir aux 35 heures, en cessant le traitement fiscal avantageux des heures supplémentaires. On voit le résultat en France : une croissance médiocre, un chômage de masse, une dette publique qui croît et des entreprises qui s’en sortent – parce qu’elles exportent, tandis que d’autres décrochent. Même le Cice et les aides aux PME début 2016 n’ont rien pu y faire.

La bataille américaine des slogans est également éclairante : Make America great again avec Donald Trump contre Stronger together d’Hillary Clinton. Le slogan d’Hillary mettait en avant l’union, mais pour aller vers où ? Donald Trump mettait en avant un passé aussi glorieux qu’idéalisé, mais comment y revenir ? C’est bien ce qui se passe aujourd’hui, avec les risques que l’on voit : celui de la destruction des structures d’échanges (traités) et de protection (Otan) qui ont fait la croissance passée de tous, et donc relativisé l’éminence américaine. Il aurait mieux valu un Make America greater and more united, ce qui renvoyait à sa devise E pluribus unum : De plusieurs un. Mais c’est une approche au sens propre « réactionnaire » qui a prévalu : elle est plus risquée.

Et pour la France ? Rien n’émerge encore comme slogans fondateurs autour de la croissance, de la coopération, du partage et du risque – mot qu’on ne verra nulle part, d’ailleurs. « L’échange, la coopération et la formation d’aujourd’hui font le profit de demain, l’investissement d’après-demain et l’emploi d’après après-demain » aurait l’avantage d’être économiquement juste, mais politiquement inacceptable par l’ensemble des grands concurrents – et trop long ! Nous aurons donc des slogans ambitionnant des résultats meilleurs ou mieux répartis pour la France, ou encore plus d’indépendance pour les mettre en œuvre, sans que ces différentes optiques ne se rejoignent pour faire sens.

Au fond, toutes ces idées qui viennent chaque jour, c’est pour masquer le vide central – diront les esprits critiques, pour cacher ce qui se trame – diront les conspirationnistes ou pour aller à l’essentiel de chacun – diront les âmes partisanes.

Reste, au total, que 140 caractères pour définir notre stratégie et les moyens qui vont avec, c’est sans doute beaucoup trop.

 

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