Article co-écrit avec Omar Safi, Directeur Asset Management.

Il est une évidence que personne ne pourra plus venir contredire : l’automatisation du monde est en marche, et plus rien ne semble ralentir la progression effrénée des nouvelles technologies dans tous les secteurs d’activité.

C’est vrai… mais la « déferlante » technologique ne touche pas tous les métiers avec la même intensité ni la même rapidité. Les équipes Conformité des sociétés de gestion sont ainsi longtemps restées en marge de ces évolutions. Largement sous-équipées par rapports à leurs collègues du front, du middle ou du back office, ces équipes ont, jusqu’à récemment, eu très peu recours à la technologie pour effectuer leurs tâches quotidiennes : vérifications, lectures et contrôles de documents en tous genres étaient essentiellement réalisés manuellement.

Une situation qui aurait pu perdurer encore longtemps peut-être, car après tout le travail était fait (et bien !). Mais c’était sans compter la hausse considérable, ces dernières années, des exigences réglementaires. Que ce soit en matière de sécurité financière, de protection de la clientèle et des pratiques commerciales, ou encore de protection des données, le nombre de textes règlementaires n’a cessé d’augmenter, rendant le travail des équipes Compliance de plus en plus lourd et ardu. Le recours à la technologie et aux outils d’automatisation semblait alors être l’unique planche de salut…

Comprenant l’urgence et le besoin, des startup sont venues voler au secours des équipes Conformité : les « RegTech », ces sociétés qui proposent d’apporter des réponses technologiques aux enjeux de la conformité. L’essor de ces RegTech a été d’autant plus facile que les barrières technologiques, autrefois puissantes, sont tombées les unes après les autres ces dernières années.

L’idée des RegTech est simple : il s’agit d’automatiser les principaux processus de conformité. Le but ? Réduire les coûts bien sûr, comme toujours. Mais aussi et surtout, permettre aux équipes de se repositionner sur des tâches à plus grande valeur ajoutée. Autrement dit, pendant que mon robot ou mon logiciel lit et traite des centaines de pages de documentation, je peux passer davantage de temps à l’analyse des données et me concentrer sur les décisions à prendre et les stratégies à définir pour mon client. Séduisant, non ? Finalement, le pari est celui d’un saut qualitatif dans les prestations proposées par les sociétés de gestion.

Nous avons répertorié à ce jour 232 RegTech, concentrées principalement aux USA, au Royaume-Uni et en France. Leur offre de service couvre différents champs d’expertise, des KYC (30%) au reporting (10%) en passant par la sécurité financière (25%) et le GRC (10%).

Certaines RegTech se spécialisent par exemple dans la gestion des données (recueil et gestion des données non structurées), le traitement des données grâce à une librairie d’algorithmes de calculs, la mise en place d’outils d’automatisation (générateur automatique de workflows, gestion fine des incidents…) ou encore le suivi des risques et la génération de reportings. Les informations d’un prospectus de fonds de 500 pages peuvent ainsi, grâce à ce type de solution, être analysées et traités par des moteurs de calcul en quelques secondes seulement.

D’autres startup proposent d’automatiser la collecte de données client (sources officielles et officieuses), puis de réaliser des réseaux de graphes pour faciliter la recherche.

D’autres encore, grâce au machine learning, analysent les documents et vérifient que les investissements réalisés par la société de gestion sont conformes au contrat signé avec son client. Les erreurs ou les zones de non-conformité éventuelles sont ainsi repérées – et donc corrigées par les équipes Compliance – beaucoup plus rapidement qu’auparavant.

Que l’on ne se méprenne pas : les outils proposés par les RegTech n’ont pas vocation à remplacer les équipes Compliance, comme le veut un fantasme couramment répandu à propos des intelligences artificielles. Non : ces startup se concentrent sur des petits bouts de la chaine de valeur, pour permettre aux équipes de travailler différemment, d’être plus productives, de traiter des volumes d’information de plus en plus importants et de les traiter plus rapidement. Pari réussi !

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