Article co-écrit avec Antoine Sanna, Senior Consultant, Analytics & Information Management.

Depuis la révolution industrielle, les populations se tournent massivement vers les espaces urbains : les villes représentent aujourd’hui environ 50% de la population mondiale, et entre 60 et 80% des besoins énergétiques globaux. Un phénomène qui ne va faire que s’accentuer, puisque 65% des humains vivront dans un espace urbain d’ici 2040[1].

Face à cette croissance exponentielle, les villes modernes sont confrontées à des défis de taille : améliorer l’efficacité opérationnelle, réduire les coûts de fonctionnement, mieux répondre aux besoins existants et futurs des citoyens, créer de nouvelles sources de revenus, améliorer la mobilité, ou encore se montrer plus compétitives dans un contexte d’économie mondialisée.

La question de l’impact environnemental devient également cruciale et l’écologie devient une vraie arme politique : marche mondiale pour le climat du 16 mars, dissensions au sein du Gouvernement et démission du Ministre en août dernier, attentes multiples des citoyens, changements des modes de vie… la pression de l’opinion publique autour d’une meilleure prise en compte de la question écologique atteint des niveaux sans précédents.

Face à ces défis, les villes doivent accentuer leurs efforts et mettre en œuvre des mesures concrètes afin d’améliorer la performance à tous les niveaux. Le concept de Smart City, loin d’être un simple Buzz-Word, apparait comme une solution efficace, durable et riche de promesses. Cette démarche de Smart City s’appuie selon nous sur les trois piliers suivants :

1) Humain : une ville qui inscrit l’humain au cœur de sa démarche, se voulant plus inclusive et en assurant des conditions de vie saines, sécurisées, un niveau de pollution bas et une mobilité accrue.

2) Compétitivité / Economie : une ville qui met des infrastructures à disposition de ses citoyens : énergie, connectivité, systèmes d’information et services essentiels qui permettent une haute compétitivité et d’attirer de la valeur et des emplois qualifiés.

3) Durabilité : une ville qui fournit des services à ses citoyens et visiteurs sans réduire les ressources des futures générations.

La tendance est aux démonstrateurs à taille réduite. Les écoquartiers et évènements (sportifs et artistiques) permettent de tester de nouveaux concepts innovants. Devenir « Smart » exige de lever certains obstacles, et notamment de travailler sur un aspect fondamental : la collecte, la gestion et la valorisation de la donnée. Les villes sont assises sur un gisement de données à exploiter mais s’appuient sur des infrastructures et des organisations vieillissantes et silotées, qui ne permettent pas de répondre à ces enjeux.

L’émergence de nouveaux usages et de nouvelles technologies va encore accentuer ce décalage. L’avènement de la 5G, qui prévoit jusqu’à 1M de connexions par kilomètre carré avec jusqu’à 10Gbit/s de débit, va entre-autres faciliter la démocratisation et l’explosion des capteurs (IOT), qui permettent de mesurer précisément toutes les caractéristiques des villes en temps réel. Elle va également rendre possible l’utilisation de voitures autonomes avec des niveaux de latence très réduits. Par ailleurs, la part croissante des usages IA, Machine Learning et Deep Learning doit s’appuyer sur des sources de données fiabilisées afin d’apporter toute leur valeur.

Les villes doivent donc entamer leur chantier de transformation dès maintenant, en travaillant sur trois axes principaux :

La gestion des données et des indicateurs. Des rôles et responsabilités doivent être définis pour chaque acteur impliqué dans la gestion des données et indicateurs. Parallèlement, des processus et outils doivent être mis en place afin d’assurer la bonne coordination de l’ensemble des parties prenantes. Cette gouvernance aura un impact sur la bonne gestion opérationnelle des données mais aussi sur leur sécurité – nombreux sont les exemples de cyber attaques ayant mis à mal des systèmes de villes, ou encore sur des sujets annexes réglementaires – la RGPD aura un rôle central dans les villes digitalisées, les données personnelles des citoyens étant de plus en plus manipulées. Les indicateurs de pilotage, aide à la décision de tout dirigeant, doivent aussi être cartographiés, rationalisés et leur production doit être industrialisée afin d’assurer une qualité optimale et donc améliorer la prise de décision.

La valorisation des données. Les données manipulées par les Organisations, sont souvent méconnues. L’objectif est ici de réaliser une cartographie exhaustive des données en présence et de leurs traitements. En parallèle des ateliers sont menés avec les métiers afin d’identifier les cas d’usages existants et futurs. Le rapprochement entre les cas d’usages et les données cartographiées permet de mettre en évidence la pertinence des données utilisées, de nouveaux usages ou des données manquantes pouvant être compensées par des acquisitions de données externes. 

La stratégie des systèmes d’information et l’architecture des données. Sur la base de l’analyse de l’existant et des objectifs donnés par les responsables de l’Organisation, un plan stratégique à moyen terme doit être défini. L’objectif est d’aligner les Systèmes d’Information avec les cas d’usages en s’appuyant sur de nouvelles technologies et innovations notamment via des architectures centrées sur les données (Data Centric) sur base de plateformes Big Data et de solutions complémentaires telles que l’IA, l’analytique et le prédictif.

Certaines villes comme Paris, Barcelone ou Amsterdam ont déjà initié certaines transformations. Les Jeux Olympiques 2024 à Paris, par exemple, et plus précisément le village Olympique, constitueront un formidable incubateur pour mettre à l’épreuve des concepts innovants. La ville pourra par la suite, faire passer à l’échelle les idées les plus probantes.

Le développement de ces capacités permettra de construire les fondations solides, technologiques mais aussi humaines, qui permettront aux villes de relever les défis humains, économiques et environnementaux à venir.

 

[1] Source : World Economic Forum
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