On cherche encore. Les pouvoirs politiques forts ne s’embarrassent ni de diplomatie, ni de psychologie. Ils enrichissent les uns au détriment des autres, jusqu’à mal finir. Mais ce sera plus tard, c’est là le problème. Les pouvoirs démocratiques, eux, analysent et composent en permanence, faisant en sorte que la majorité des électeurs fasse (plus ou moins) passer ses idées, pour avoir plus de croissance dans la durée. Mais ces idées sont celles de la majorité des votants aujourd’hui, pas celles de la majorité de demain ou d’après-demain. Il n’y a pas que le capitalisme à être court-termiste. En démocratie aussi le problème du temps se pose, au-delà de la séduction des chefs ou de la précision des programmes.

Machiavel proposait de réformer vite et fort en début de prise de pouvoir, par ordonnances dirait-on aujourd’hui, donc de faire mal d’abord, jusqu’à ce que l’effet bénéfique des mesures améliore les fins de mandat. Bref jouer le calendrier, pour continuer. René Girard, le philosophe de la victime émissaire offre une autre approche. Tel patron (d’entreprise publique par exemple) s’oppose aux syndicats et convainc du fait qu’il a raison, à la fois, une large majorité de sa compagnie, plus les clients, le public et les médias. Mais il faudra alors, bien souvent, qu’il s’efface pour que les syndicats signent, et sauvent ainsi leur face ! Ajoutons cependant que, dans nos sociétés évoluées, la victime émissaire n’est pas immolée mais promue, ailleurs. Il peut cependant y avoir des loupés.

Aujourd’hui, réformer est plus compliqué que jamais. Les nouvelles technologies et la globalisation changent logiques et manœuvres. Les nouvelles technologies informent plus et partout, empêchent feintes et tactiques, et donnent surtout une préférence extrême au court terme. Ce n’est pas seulement l’avantage de la personne par rapport à celui de la communauté qui prime comme jamais, c’est celui de la personne aujourd’hui par rapport à cette même personne demain. « Moi aujourd’hui », c’est bien mieux que « moi demain ». Plus myope si on veut, bien plus égoïste assurément.

Le débat marche donc de moins en moins. On peut toujours expliquer. Il reste que les « avantages acquis » opposent ceux qui les ont à ceux qui ne les ont pas, soit parce qu’ils veulent les réduire, soit parce qu’ils les veulent. Or aucune réforme n’est, à court terme, favorable à tous. Elle implique, pour être acceptée, une dose d’altruisme et/ou de stratégie, pour que l’économie et la société continuent d’avancer. Aujourd’hui, où le changement est indispensable, ne serait-ce qu’en termes d’emploi (sans même parler de carrière), les tensions ne peuvent que croître vis-à-vis de ceux qui ne veulent « rien lâcher ».

Alors, l’entreprise est le seul lieu où le changement est possible, surtout la PME. Elle est le seul lieu réformable, car plus petite, plus communicante, plus fragile. Elle montrera ensuite, ailleurs, aux entreprises plus grandes d’abord, au secteur nationalisé puis public ensuite, comment elle a fait. La raison de cette « réformabilité » est simple : c’est la proximité des salariés entre ce qu’ils font, et ce qu’ils vivent dans l’entreprise. Ce qu’ils vivent (ou leurs enfants), c’est BlablaCar et AirBnb. Les deux sont moins chers bien sûr – donc c’est bien, mais parce que les deux ne vont pas produire d’automobiles, ni construire d’hôtels – donc ce n’est pas bien ! En tant que consommateurs, ces salariés savent que ce qui leur donne du pouvoir d’achat menace aussi leur emploi. D’où la nécessité de changer, pour s’adapter, eux et les autres.

Accepter de changer soi-même pour réformer : c’est là que l’essentiel se passe. Ce n’est pas répéter en boucle que les emplois anciens sont condamnés, mais dire qu’ils sont condamnés s’ils ne changent pas, et, mieux encore, s’ils ne changent pas en se rapprochant des clients. Uber gagne d’autant que le taxi se crispe : il ne s’agit surtout pas de rentes à racheter !

Acheter les rentes et autres avantages anciens, ce n’est pas « acheter les réformes », c’est les faire payer par ceux qui acceptent de les faire ! C’est valider les comportements de ceux qui n’ont pas voulu changer, au détriment de ceux qui l’on fait et des nouveaux entrants. Merci du cadeau et de l’exemple ! Car, à la fin, c’est le client final qui paie, celui de l’entreprise et de son client qui auront, tous deux, changé. Une recette miracle pour réformer ? Facile : transparence + courage.

 

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