Janet Yellen, Présidente de la Banque centrale américaine, a fini 2015 sur une prouesse : maintenir le monde entier polarisé sur une question : allait-t-elle monter ses taux ? La question était évidemment financière et économique, mais elle avait un plus grand intérêt encore : attirer l’attention sur elle, ses discours et analyses. Le monde comprenait ainsi que, quand elle se préparerait à monter les taux, le pire de la crise américaine serait fini et surtout que la période du Quantitative easing américain serait close. Elle ouvrait la voie aux autres politiques de normalisation : Royaume-Uni d’abord (après le vote sur le Brexit), zone euro bien après (fin 2017-2018 ?), Japon – pourquoi pas.

Bien sûr, Janet Yellen n’a pas tenu seule la scène toute l’année. Dès qu’elle a dit en juin que la hausse devrait avoir lieu dans l’année, la messe a été dite, indépendamment des demandes de Christine Lagarde et des avertissements de la Banque mondiale : c’est alors que la Chine est entrée en jeu, ce qui était attendu, plus le pétrole, ce qui l’était moins.

Le plateau de 2016 se remplit ainsi peu à peu : Etats-Unis et zone euro bien sûr, plus Chine – avec les BRICS, plus pétrole – avec la tension croissante entre Arabie Saoudite et Iran. Voilà ensuite, derrière la Chine, Russie, Brésil et Afrique du Sud qui sont en récession (ou quasiment pour l’Afrique du Sud) puis derrière « le pétrole » le couple Iran-Arabie Saoudite, avec autour au moins vingt intervenants (Pays du Golfe, Algérie, Nigéria, Venezuela…). Comme si ceci ne suffisait pas, l’Europe se fragmente autour de la question du Brexit et la zone euro procède à des élections qui ne permettent pas de gouverner au Portugal ou en Espagne, en attendant la France puis l’Allemagne. Partout nous avons de plus en plus d’acteurs, de plus en plus difficiles à coordonner.

On sait que c’est la crise, en 2008, qui a conduit à la coordination nécessaire autour du G20, pour éviter la dépression d’ensemble. La crainte d’un nouveau 29 a fait ainsi naitre des « solidarités » autour du rôle leader des Etats-Unis… pour nous sortir du problème où, largement, ils nous avaient mis. La crainte de la déflation, ensuite, a fait accepter partout les mesures exceptionnelles de Quantitative easing : Etats-Unis, Royaume-Uni, Japon, Zone euro…

Aujourd’hui, quand une certaine lumière apparaît au bout du tunnel américain, chacun pense plus à soi et à son propre agenda. Ce n’est plus la peur de tous qui les faisait se regrouper – comme il y a sept ans, c’est la peur de chacun qui risque de les faire se diviser – avec de nouveaux risques.

Bien sûr, on sait que Janet Yellen va tenter de calmer le jeu, mais ce ne sera plus pareil. Voilà l’élection américaine qui vient, avec Hillary et Donald : elle peut prendre des coups. Dans le domaine du pétrole, nul ne sait comment le Venezuela va sortir de son drame ni comment la tension va se stabiliser entre Iran et Arabie Saoudite. Tous les pétroliers vont vouloir produire plus, risquant des prix plus bas, avec des pertes plus importantes pour des Etats et des sociétés, avant la remontée lente des prix, et les fermetures d’unités. Les pays dits pétroliers devront, eux-aussi, se décarbonner ! Pas facile.

Quant à la Chine, sa mutation devra se poursuivre, avec plus de politique monétaire « normale » autrement dit baisse des taux et surveillance des acteurs bancaires et financiers, mais aussi plus d’explications sur ce que la Banque centrale entend faire. Elle pourra de moins en moins être le bras armé du Parti : il faudra là que la politique intègre… la politique monétaire.

Pour la zone euro, la politique monétaire ne pourra que permettre les changements et les réformes. Mais elle ne peut les mener à la place des politiques, ni se mettre en permanence en compensation de leurs carences. Les politiques devront parler, pour renforcer la zone avec et par les réformes. Ou alors…

Et le dernier mot sera bien sûr pour la France, avec son jeu favori : la politique tout court. On parlera du chômage qu’on traitera par l’apprentissage plus que par la remontée des marges et le code du travail. On parlera des réformes en parlant plus d’Uber que de la modernisation de la puissance publique. Mais si, autour de nous, tout devient plus politique, tout deviendra plus nerveux, tendu, saccadé. Les taux longs remonteront chez ceux qui s’ajustent peu ou pas, et font de la politique en croyant faire des réformes. Pas de noms

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