Les banquiers centraux au chômage : l’inflation ne serait plus là ! Les marchés financiers la « voient » à 2,2% aux Etats-Unis et à 1,5% en zone euro. Le mot déflation a disparu du radar des recherches sur Google : à partir du niveau 100 en début 2015, il est à 20. Le mot reflation qui avait connu un succès fulgurant, de 10 en 2016 à 100 en janvier 2017, est à 45. Le soufflé qui alimentait les réinvestissements boursiers et les craintes obligataires serait retombé.

Alors, comme l’inflation ne repart pas, la nécessité de monter les taux aux Etats-Unis, ou de sortir du Quantitative Easing en zone euro s’éloigne(rait). La Fed a exposé sa stratégie de normalisation, sur sept ans au moins, en même temps qu’elle devait remonter ses taux courts. Mais les derniers chiffres d’inflation font douter d’une hausse en septembre. Décembre alors ? Plus tard ? La surprise est en effet cette inflation américaine sous-jacente à 1,5% pour une économie qui croît à 2% en plein emploi (4,3% de taux de chômage). Pareil en zone euro, avec une inflation à 1,3% pour une croissance à 1,9%, avec un coût unitaire du travail qui augmente de 0,8%.

Vive la bourse ! En effet, si la croissance se poursuit sans que les taux d’intérêt montent et sans que les salaires augmentent, pour la bonne raison que l’inflation ne monte pas, alors ce sont les profits qui gagnent ! Mais attention au risque boursier, avertit le dernier Rapport de la Banque des Règlements Internationaux. Les multiples de résultats (PER) s’établissent à 28 aux Etats-Unis, contre une moyenne historique à 23. En Europe, les PER atteignent 20, leur moyenne historique. Par rapport aux résultats actuels, les bourses sont donc très chères aux Etats-Unis et chères en zone euro. Donc vive la bourse, parce que l’inflation n’est pas là – mais c’est de plus en plus risqué, s’il lui prend l’idée de revenir.

Vivent les obligations alors ! Oui pour ceux qui en ont acheté il y a plusieurs années, voire un an. Les rendements actuels des titres publics des grandes économies restent bas, mais commencent à remonter ! Le bon du Trésor français à 10 ans rapporte 0,7% l’an, sachant que l’inflation est à 0,8% – mais contre 0,5% début juin. Le bund allemand est à 0,5% pour une inflation à 2%, mais il était à 0,3% il y a un mois ! L’épargne qui pense que l’inflation ne reviendra plus prend un risque considérable en se plaçant pour si peu, si elle se réveille. Ce qui est en cours.

Vivent les obligations qui rapporteraient quelque chose alors ! Le Royaume-Uni offre le pire, avec une inflation à 2,9%, suite à la dévaluation de 20% de la Livre, mais avec un taux de chômage de 4,5% et des salaires en hausse de 1,25% sur un an, le tout pour des taux longs à 1,3% – en plein Brexit !

Mais l’Argentine vient de lancer une obligation pour 2,8 milliards de dollars. Ce n’est pas un gros montant, mais elle est encore notée en catégorie spéculative, avec une lourde histoire de huit défauts souverains et vient à peine de sortir de récession ! Elle offre un rendement de 7,9%. Le secret, c’est que cette obligation est à 100 ans. Mauricio Macri, son nouveau Président séduit. N’empêche : l’Argentine, un siècle… Quand on parle de ces risques aux investisseurs, ils répondent qu’en 12 ans de rendement, vous aurez récupéré la mise ! A partir de la treizième année, c’est tout bénéfice !

Moins d’inflation aujourd’hui, c’est plus de risque caché. Plus d’inflation annoncée, même pas manifestée, ce sera déjà le réveil douloureux. Il fera monter un peu les taux courts, mais bien plus les taux longs – c’est commencé, secouant les bourses – pas encore. Le réglage de la normalisation des taux sera décisif, et les banquiers centraux auront du travail. Nous voilà prévenus !

Chaque semaine, au travers du Weekly Briefing, je vous livre un regard économique et financier sur la conjoncture et l’actualité. Si vous êtes intéressé, cliquez pour vous abonner.

Photo by Nicola Jones on Unsplash

0