Depuis le 1er janvier 2016, suite à la généralisation de la complémentaire santé, l’ensemble des salariés des entreprises du secteur privé doit bénéficier d’une couverture santé minimale obligatoire. Désormais, la différenciation entre les acteurs du marché ne se fait plus uniquement par les produits proposés, mais également par des services de santé innovants offerts aux assurés. Les complémentaires santé vont donc être amenées à innover.

Aux Etats-Unis, la moitié des employeurs offre depuis plusieurs années déjà à leurs salariés des services dits « de bien-être », adossés aux contrats d’assurance Santé. Il s’agit de services axés sur la prévention d’une part, et sur l’appui à la gestion de maladies chroniques (diabète, asthme, maladies coronariennes, etc.) d’autre part. Ces services sont structurés autour :

  • d’activités de dépistage : questionnaire de santé, analyse médicale, etc.
  • de programmes de prévention et de promotion de la santé : campagnes d’éducation, conseils personnalisés en santé, programmes de soutien à l’exercice physique, etc.

A la lumière d’une recherche américaine menée auprès de 7 entreprises et 600 000 salariés[1], offrant un premier retour d’expérience de services de santé américains , intéressons-nous aux défis que doivent relever les complémentaires santé et/ou les employeurs voulant mettre en œuvre ces services de santé.

1. Des incitations, notamment financières, pour encourager l’adoption des services de santé

L’un des défis majeurs à relever est celui de l’adoption de ces services par les salariés, particulièrement lorsqu’ils n’adressent pas un besoin spécifique, tel que l’appui à la gestion d’une maladie chronique.

Pour recruter puis faire adhérer sur le long terme les salariés à leurs services , les acteurs américains du marché de l’assurance santé ont mis en place un système d’incitations. Il s’agit d’incitations principalement financières (primes, compléments de garanties, etc.) ou des gratifications (réduction des tarifs de salles de sport, t-shirts, cartes cadeaux, etc.). Elles récompensent l’adhésion et la participation des salariés et, dans une moindre mesure, les résultats obtenus en matière d’amélioration de l’état de santé. Les employeurs recourant à des incitations (c’est-à-dire 3/4 des employeurs de plus de 50 salariés ayant mis en place des services) constatent une adhésion plus forte à leurs services que ceux qui n’en ont pas mis en place. Pour exemple : 63% de participation à des actions de dépistage pour les employeurs ayant mis en place des incitations et seulement 29% pour ceux n’en n’ayant pas instaurés.

Schéma 1
 

2. Parvenir à faire évoluer le comportement des salariés vis-à-vis de leur santé pour réduire le risque d’apparition d’une maladie et, in fine, le recours aux soins remboursés

Intégrer les salariés dans des services de santé adaptés à leurs risques par le biais d’actions de dépistage, soutenir leur participation continue aux activités proposées et conduire des évaluations régulières sur l’impact des services sont autant d’actions mises en œuvre aux Etats-Unis pour favoriser un changement de comportement des salariés vis-à-vis de leur santé.

Et il semblerait que ces initiatives soient concluantes. En effet, le retour d’expérience montre que ces actions ont un impact positif sur le comportement des salariés vis-à-vis de leur santé (surveillance de poids, arrêt du tabac, augmentation de l’exercice physique, etc.) sur une période d’observation de trois ans. Prenons le tabagisme pour exemple : une année de participation à un service de lutte contre le tabagisme entraînerait une réduction de la consommation de tabac chez les participants de près de 30% (cf. schéma ci-dessous). Autre exemple, celui d’un service de surveillance du poids : les salariés participant pendant une année à ce service constatent une réduction de leur poids de 1 pound (0,5 kilogramme) en moyenne ; une réduction qui se confirme la deuxième, puis troisième année de participation au service.

Schéma 2
 

3. Un retour sur investissement restant à prouver, mais des économies sur les frais de santé remboursés avérées

Le retour sur investissement de ces services de santé pose question aux acteurs qui souhaitent les mettre en place. Quel gain pour quel type de service (prévention, prise en charge d’une maladie) ? Quelles pathologies prendre en charge prioritairement ? Quel retour sur investissement à quelle échéance ?

Sur ce sujet, les analyses menées outre-Atlantique restent très prudentes et s’aventurent généralement peu à affirmer ou infirmer l’existence d’un retour sur investissement.

Les employeurs interrogés dans le cadre de la recherche conduite par la RAND Corporation percevraient positivement l’impact économique de ces services de santé. Plus de 60% des employeurs indiquent constater une réduction des coûts liés à la santé et près de 80% mentionnent une réduction de l’absentéisme et une amélioration de la productivité. Peu d’employeurs ont toutefois procédé à une évaluation de l’impact économique de ces services.

L’analyse économique menée dans le cadre de l’étude montre pourtant que des économies sont effectivement réalisées. Au global, 30 dollars seraient économisés chaque mois par salarié participant. Toutefois, ce chiffre cacherait une forte distinction entre les deux types de services offerts : en effet, 87% des économies réalisées proviendraient des services d’appui à la gestion d’une maladie chronique et 13% dégagées des services de prévention (cf. schéma ci-dessous).

Schéma 3
 

Les divergences de nos systèmes de santé ne permettent pas d’affirmer que ces constats sont transposables en France, mais ces derniers offrent un retour d’expérience éclairant sur les services de santé et leurs impacts sanitaire et économique.

En conclusion, la priorité, avant de s’inscrire dans une démarche de mise en place d’un service de santé, doit être de s’interroger sur les objectifs poursuivis. Si l’objectif est de réduire les frais de santé remboursés, on optera de préférence pour des services d’accompagnement à la gestion de maladies, pour lesquels le retour sur investissement apparaît selon les études plus important et dégagé à court terme. Si l’objectif est plutôt d’augmenter la productivité et de diminuer l’absentéisme au travail, c’est vers des services de prévention que l’on devra s’orienter en priorité.

Si ce sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

 

[1] Les résultats mentionnés dans cet article sont tirés de la recherche menée par la RAND Corporation « Do Workplace Wellness Programs Save Employers Money » publiée en 2015. Cette recherche, commanditée par les départements américains du travail et de la santé, se fonde sur une étude de la littérature scientifique, une enquête nationale menée auprès d’employeurs de plus de 50 salariés des secteurs public et privé, une analyse statistique des remboursements de frais de santé et des données des services de santé mis en place par plusieurs employeurs, des monographies de services de santé de 5 employeurs.

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