En collaboration avec Christophe Guerner, directeur au sein du département  Restructuring Financier / Reorganisation Services / Financial Advisory.

Deux évolutions – mais l’une plus que l’autre – ont marqué l’année 2015 en matière de défaillances d’entreprise en France : d’un côté, une très légère hausse du nombre de défaillances, de l’autre, une baisse très significative du nombre d’emplois menacés. Ce dernier constat est selon nous l’indicateur à privilégier, et la vraie clé d’analyse d’une année finalement moins défavorable qu’il n’y parait.

La 11ème édition de notre étude sur l’Entreprise en difficulté en France a révélé une hausse d’environ 1% du nombre de défaillances d’entreprises en 2015, soit 63 081 défaillances, un chiffre qui a fait de 2015 la seconde année la plus impactée depuis 2011. Les secteurs les plus concernés par cette hausse ont été ceux des services à la personne, de l’agro-alimentaire, de la santé, du tourisme, de l’Oil & Gas, et de la distribution, notamment textile.

Au sein du fragile segment des TPE (0 à 9 salariés), qui représentait 93% de ces défaillances, ce sont les entreprises de 1 à 2 salariés qui ont fait preuve de la plus grande vulnérabilité, avec 41% des procédures, et surtout une hausse de 17% par rapport à l’année précédente. Une tendance qui se confirme sur l’année 2016, qui enregistre une baisse globale des défaillances, sauf pour les entreprises de 1 à 2 salariés chez qui elles augmentent de 19 %.

Pour autant, et c’est là le plus important, cette légère hausse en 2015 ne s’est pas accompagnée d’augmentation du nombre d’emplois menacés. En net recul depuis 2013 (-14 %), le taux d’emploi menacé par l’ouverture d’une procédure judiciaire a même atteint en 2015 son seuil le plus faible depuis 5 ans, avec 235 000 emplois menacés. Du côté des procédures amiables, on comptabilise 550 000 emplois menacés en 2015, soit une baisse de l’ordre de 2% depuis 2 ans. Ce mouvement général s’est confirmé au deuxième trimestre 2016 pour les procédures judiciaires : selon le dernier baromètre Altares, le nombre d’emplois menacés a diminué de 9,4 % par rapport au deuxième trimestre 2015 et est au plus bas depuis le début de la crise.

Cette baisse du nombre d’emplois menacés est pour nous l’indicateur à privilégier, et le prisme d’analyse le plus pertinent pour juger de l’année 2015.

C’est également l’indicateur que les praticiens de l’entreprise en difficulté et les pouvoirs publics doivent retenir pour savoir où agir en priorité : ce sont logiquement les défaillances susceptibles d’entraîner le plus de pertes d’emplois qui doivent attirer leur attention et mobiliser leurs ressources.

Notre étude a mis en lumière l’impact social des procédures amiables, qui représentent relativement peu de procédures (moins de 2500 en 2015) au plan national mais beaucoup d’emplois menacés (550 000). Du côté des procédures judiciaires, c’est essentiellement sur le segment des entreprises de plus de 20 salariés qu’il faut agir. Ces dernières représentent en effet seulement 3% des défaillances (1692 procédures judiciaires dont environ 30% de liquidations directes) mais concentrent 38% des emplois menacés. Autrement dit, éviter que ces 3% d’entreprises fassent l’objet d’une procédure collective permettrait de sauver du même coup 38% d’emplois. L’impact social, a contrario, sans qu’il soit à négliger pour autant, est moindre du côté des TTPE (0 à 2 salariés) qui représentent 2/3 des défaillances (45 000) mais 20% du nombre d’emplois menacés.

Le nombre de défaillances n’est donc pas, loin s’en faut, le critère qui doit retenir notre attention en matière d’entreprises en difficulté. L’année 2015 a montré que la hausse des défaillances n’était pas forcément synonyme de hausse des emplois menacés, au contraire. C’est plutôt à l’aune du nombre d’emplois menacés que nous devons analyser la situation, tirer des conclusions et orienter notre action.

 

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