Alors que les premiers téléphones équipés de fonctions de machine learning ont été présentés par le fabricant chinois Huawei au dernier congrès mondial du mobile et qu’en décembre dernier Amazon a ouvert à Seattle la première grande surface sans caisse, nul ne peut plus nier l’évidence : l’intelligence artificielle (IA) est entrée dans une phase de développement sans précédent et s’impose dans notre quotidien à un rythme qui étonne, fascine et effraie aussi.

Des inquiétudes émergent en effet autour de l’émergence supposée et imminente d’une forme de « super intelligence » toute-puissante et autonome, aux capacités égalant ou surpassant celles des hommes. Les affirmations largement médiatisées du physicien Stephen Hawking ou du fondateur de Tesla Elon Musk ont alimenté une vision apocalyptique de l’IA, perçue comme une menace globale pour l’être humain. Ces positions trouvent un écho dans la sphère sociale et politique,  avec des inquiétudes profondes liées à la perte d’emplois et à la survenue d’un chômage de masse, dont il faudrait anticiper les conséquences dès aujourd’hui. Derrière toutes ces craintes, c’est la peur d’une dépossession qui s’exprime : la machine dépossèderait l’homme de sa suprématie, de ses emplois, voire menacerait sa survie. Ce qui semble terrifiant, c’est au fond l’idée que le monde puisse un jour se passer de l’homme.

« Le développement d’une intelligence artificielle complète peut signifier la fin de l’espèce humaine »  (Stephen Hawking)

Mais nous n’en sommes pas là. La super intelligence, définie par le philosophe Nick Bostrom comme « un intellect bien plus brillant que les meilleurs cerveaux humains, et cela dans presque tous les domaines, y compris la créativité scientifique, le bon sens et les aptitudes sociales » n’est pas encore à l’ordre du jour. Certes, des véhicules autonomes circulent déjà sur nos routes, des bracelets intelligents analysent notre sommeil et des outils traduisent nos documents, nous aident à planifier nos voyages ou à choisir nos lectures. Mais toute cette intelligence ne peut se passer totalement de l’intervention humaine pour fonctionner et rester pertinente. L’autonomie des machines reste partielle et circonscrite à quelques tâches bien précises. Les algorithmes sont par exemple incapables d’analyser des situations pour lesquelles ils n’ont pas été « formés ». Si l’outil de légende automatique de Google est confronté à une espèce d’animal sur lequel il n’a reçu aucune donnée antérieure, il ne sera pas capable de le reconnaître. Parce qu’elle ne peut pas penser « out of the box » une machine n’est finalement pas en mesure d’appréhender la complexité d’un problème. Elle ne pourra pas non plus générer de pensée critique ni faire preuve de créativité, car elle raisonne comme on lui a demandé de le faire.

Malgré les résultats impressionnants de l’IA, c’est donc aller un peu vite en besogne que d’imaginer des machines totalement autonomes, si intelligentes qu’elles pourraient se passer de nous, les humains. Le modèle qui se dessine n’est pas celui d’une domination de l’IA, ni d’un remplacement de l’homme, mais plutôt celui d’une collaboration entre l’homme et la machine.

La puissance de cette alliance a été parfaitement illustrée par une compétition d’échecs appelée « freestyle chest » organisée en 2005, soit huit ans après le triomphe du Deep Blue d’IBM face au champion d’échec Kasparov. Cette fois, ce n’est pas la machine qui a remporté la partie, mais deux amateurs d’échecs accompagnés de trois machines. L’association de l’orientation stratégique humaine et de l’acuité technique du robot s’est révélée être bien plus performante qu’un esprit humain seul ou qu’une machine seule.

Aujourd’hui, c’est ce type de scenario qui semble s’imposer de plus en plus largement. Prenons l’exemple du secteur de l’assurance, décrit par deux professeurs d’Oxford[1] comme l’un des cinq métiers les plus susceptibles d’être automatisés. En effet, de nombreux produits standards en assurance individuelle peuvent être souscrits sans actions manuelles. Ce n’est pas le cas, en revanche, des assurances d’entreprises, produits plus complexes du fait des caractéristiques très variées des sociétés à assurer et de l’importance des risques. Le partenariat homme-algorithme prend alors tout son sens : tandis que les machines automatisent la souscription des petits risques, les assureurs peuvent consacrer davantage de temps aux cas plus complexes et plus risqués. Dans le secteur bancaire, les « chatbots » – ces systèmes d’intelligence artificielle qui peuvent dialoguer avec clients et conseillers – ne remplacent pas les conseillers. En prenant en charge un certain nombre de tâches répétitives, peu complexes et à faible valeur ajoutée, ils dégagent du temps pour le conseiller qui peut alors se concentrer sur des problèmes complexes ou des actions faisant appel à la créativité, à des qualités relationnelles et managériales ou à une pensée critique. Des qualités typiquement humaines qui feront partie des aptitudes les plus recherchées en 2020 selon un rapport du World Economic Forum. Dans le domaine de la relation client, la collaboration homme-machine a également de beaux jours devant elle. Des outils CRM intelligents tels que le module Einstein de Salesforce toutes les données client issues de sources variées (CRM, e-mails, agenda, réseaux sociaux, ERP et IoT) et fournissent un premier socle d’analyse, sur lequel le conseiller bancaire ou l’asset manager peut s’appuyer pour prendre ses décisions et proposer les produits appropriés à son client.

Bien loin du mythe de la super intelligence et du robot tout puissant destiné à remplacer l’homme, l’IA doit être perçue, plus sereinement, comme une alliée dont les capacités s’imbriquent aux nôtres afin de nous rendre plus performants. C’est bien en termes de complémentarité et non de concurrence qu’il faut appréhender notre relation avec cette nouvelle forme d’intelligence. Mais si les machines nous rendent plus intelligents, elles nous rendent aussi plus « humains ». En leur déléguant une partie de nos activités, nous pourrons nous concentrer sur nos qualités les plus fondamentales et par exemple, pour reprendre les mots de Bill Gates, « mieux nous occuper des personnes âgées, avoir moins d’élèves par classe ou aider les enfants qui ont des besoins particuliers. Vous savez, toutes ces choses où l’empathie et la compréhension humaine sont encore inimitables. »

[1] How susceptible are jobs to computerization ? Carl Benedict Frey et Michael Osbourne

 

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