Les référendums (referenda pour les latinistes) sont à la mode, une mode dangereuse. Le cas britannique, avec le Brexit, nous en donne un bel exemple. Même le peuple de la plus vieille démocratie du monde y réagit sans doute de manière émotive sur le sujet des migrants, peu ou pas informé des conséquences de son choix. Mais ce n’est pas sa faute, puisqu’on voit que les défenseurs du Brexit ne savaient pas bien, non plus, où ils allaient.

Difficile en effet de définir un « Plan B », quand il s’agit d’une discontinuité majeure. C’est un autre Royaume-Uni qui devrait se créer par rapport à une autre Union Européenne, avec de nouvelles relations et une rupture stratégique par rapport à une trajectoire de soixante ans. En effet, il ne s’agit plus de convergence, d’ever closer union, d’une union sans cesse plus étroite comme l’indiquait le Traité. Le référendum britannique dit ce que la majorité du peuple n’aime plus ou ne veut plus, moins ce qu’elle souhaite. Il n’est pas indicatif d’un projet à construire, mais répulsif.

On retrouve ce même type d’incertitude pour d’autres référendums qui pourraient naître en Europe dans les mois qui suivent. En octobre, la Hongrie devrait demander à ses ressortissants s’ils approuvent la politique de l’Union qui leur demande d’accueillir, chez eux, un certain nombre de migrants. On imagine d’ici le résultat. Mais quels seront ses effets ?

En octobre aussi Mateo Renzi, le Président du Conseil italien, devrait lancer un référendum sur un ensemble de réformes, notamment sur le nombre de sénateurs. On peut imaginer que la réduction qui est annoncée (de plus de 500 à 100) pourrait susciter un vote positif, avec l’idée, un peu simple, de réduire les dépenses. Sauf si Cinque Stelle, le groupe politique en forte croissance qui veut sortir de la zone euro, en profite pour faire tomber le gouvernement.

Nous attendons aussi d’autres référendums en Espagne (Catalogne) et peut-être aux Pays-Bas sur l’euro, à moins que ce ne soit en France.

On comprend alors à quel point la construction européenne en est fragilisée et quels sont les risques majeurs que ceci implique pour la première économie du monde par le PIB agrégé. La seule réponse d’apaisement est monétaire : personne ne monte les taux d’intérêt. En plus, chaque Banque Centrale essaie d’acheter des bons du Trésor et chacune attend que la Banque Centrale américaine augmente ses taux, devenant ainsi, encore plus nettement, le refuge mondial. Bonne chance ! Ces incertitudes des référendums ont un prix : celui de la croissance qui faiblit et un risque, celui de la déflation.

Il ne sert à rien de demander aux peuples, aux experts et moins encore aux politiques de dessiner un futur après une rupture majeure. Il y a toujours « un avant » et « un après », qu’on ne peut dessiner compte tenu des enjeux et des effets en boucle que tout ceci implique.

Il s’agit plutôt et plus profondément, pour éviter de tels chocs, de réformer peu à peu mais continûment et ensemble. Il s’agit ainsi de profiter des taux d’intérêt très bas actuels, en mettant la productivité au cœur des évolutions à promouvoir. Ce n’est pas une affaire de référendum, mais plutôt de pédagogie et de courage politique. En effet, sans réformes et sans formation, il n’y a pas de solution qui maintiendra dans la révolution technologique et la globalisation que nous vivons les « avantages » actuels.

Le risque n’est pas la démocratie mais son contraire, le peuple inquiet et mal informé qui choisit. Ce que Polybe appelait ochlocratie, le gouvernement de la multitude, par opposition à la démocratie, le gouvernement du peuple éduqué. Tous les régimes, nous dit Polybe, se rouillent. La royauté devient tyrannie, l’aristocratie oligarchie.

Aujourd’hui, face à des référendums qui débouchent sur l’inconnu, le risque – mondial – est celui de la peur, du populisme et du refus des élites. On peut toujours dire qu’elles sont responsables de ce qui se passe, qu’elles n’ont pas assez expliqué et réformé. Mais il n’est pas sûr que ce soient elles qui payent le prix.

 

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