Article co-écrit avec Cécile Marc et Marine Bauchère, consultantes FSI.

Le 28 octobre dernier, les Vingt-Sept ont accordé au Royaume Uni un nouveau délai de 3 mois pour la sortie du pays de l’Union Européenne, repoussant ainsi le Brexit au 31 janvier 2020 au plus tard. Cette nouvelle échéance approchant, la question des impacts sur les entreprises britanniques et les filiales britanniques des groupes internationaux de la conclusion d’un deal ou d’un no deal (1) se pose donc plus que jamais. Dans ce contexte mouvant, comment les RegTechs peuvent-elles aider les institutions financières à répondre aux nouveaux enjeux de conformité liés au Brexit ? Quels seront les impacts sur l’expérience client ?

Les défis du Brexit pour les institutions financières

Premier défi : pouvoir s’adapter rapidement aux nouvelles exigences réglementaires issues des accords du Brexit.

Tout d’abord, en cas de no deal entre Londres et Bruxelles, le Royaume Uni deviendrait un « pays tiers ». Le gouvernement aurait alors la possibilité de modifier les règles actuellement en vigueur sur son territoire et de s’éloigner de la législation européenne. Dès lors, les transferts de données personnelles entre l’Union Européenne et le Royaume Uni nécessiteraient la signature d’un accord préalable entre les deux parties. Or, un risque fort demeure que cet accord ne soit pas en place au 31/01/20. Il est donc urgent pour les établissements financiers de se prémunir contre d’éventuelles sanctions en cas de manquement aux exigences de conformité actuelles et futures, en revoyant dès à présent leurs processus et clauses contractuelles standards.

D’autre part, la nécessité de déplacer certaines business units du Royaume Uni vers l’UE pose la question du respect de la RGPD alors que des milliers de fichiers KYC et bon nombre d’autres données personnelles transiteront vers de nouvelles juridictions et que des centaines de milliers de contrats de produits financiers devront être adaptés pour avoir une validité légale dans l’UE.

Le second défi consiste à pouvoir répondre aux exigences réglementaires tout en assurant le maintien, voire l’amélioration de l’expérience client, dans un contexte où la RGPD et les lois en vigueur au sein de l’UE pourraient imposer aux établissements financiers de rafraichir leurs données clients.

Les RegTechs, un atout pour relever ces défis

Les RegTechs, startups de la conformité, seront les alliées des institutions financières pour relever les défis du Brexit. En effet, elle leurs permettront d’assurer une bonne mise en conformité dans les délais impartis, de minimiser les irritants liés à l’expérience client et d’optimiser le coût financier du Brexit et de la conformité au quotidien. Les solutions RegTechs doivent, en somme, être un moyen pour le secteur financier de minimiser la sollicitation des clients tout en augmentant l’efficacité opérationnelle des processus en place, pour s’inscrire dans une démarche à la fois cost-effective et client-friendly.

Selon une étude Deloitte (2), 70 % des RegTechs actuellement sur le marché offrent des réponses technologiques aux enjeux de la conformité liés à la sécurité financière (LCB-FT), la protection de la clientèle (PRIIPS-KID, devoir de conseil) et la protection des données personnelles (RGPD). Certains acteurs innovants du secteur bancaire, telles que les néo-banques Boursorama, Revolut et Monzo, ont déjà recours à leurs services pour allier expérience client et conformité KYC. La startup britannique Onfido, créée en 2012, assure à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, la collecte et le contrôle des titres sécurisés des personnes physiques, permettant ainsi aux banques de diminuer les coûts et délais de revue manuelle, tout en maintenant une expérience client simple fluide et rapide, en trois temps seulement :
1. Collecte des pièces d’identité par scan.
2. Contrôle biométrique de l’appartenance, via la prise d’une photo.
3. Vérification automatique des documents transmis.

Des acteurs plus traditionnels du secteurs ont également choisi de faire appel aux services des RegTechs. C’est notamment le cas de la NatWest (banque du groupe Royal Bank of Scotland Group), qui a eu recours à l’une d’elles pour assurer la protection de la clientèle et des pratiques commerciales en optimisant la détection des cas de fraude et de non-respect du devoir de conseil. Là encore, l’impact est considérable, tant sur les coûts (réduction des revues manuelles), que sur les délais (accélération des analyses) et la qualité de service (meilleur taux de détection des risques), pour un processus une nouvelle fois très simple et en trois temps :
1. Retranscription sécurisée des conversations avec le client.
2. Analyse et segmentation des échanges pour identifier les risques potentiels.
3. Suivi des tendances et pilotage des informations clés issues de ces échanges.

Quelles solutions RegTechs pour le Brexit ?

Ainsi, face aux enjeux du Brexit évoqués précédemment, certaines RegTechs en particulier sortent du lot. C’est le cas d’Invoxis, créée en 2013 et utilisée notamment par Natixis pour l’identification des financements à risque. Cette start-up, propose une solution d’alimentation automatique de la connaissance client via la collecte d’informations provenant de bases de données traditionnelles (Factiva, DowJones…) et de sources informelles (screening du web et des différents moteurs de recherche pour identifier les informations « négatives » parues dans la presse, les suspicions de financements illicites, de manipulation de marché etc.). Cette solution pourrait permettre aux institutions financières de réduire leurs délais et coûts de rafraichissement des informations clients KYC au moment d’adapter les business units à leurs nouvelles juridictions de référence. L’aspect cost-effectif de la démarche serait ainsi assuré.

Pour s’assurer qu’elle soit également client-friendly, la RegTech Trunomi offre aux entreprises l’opportunité de créer une nouvelle offre de services autour de la maîtrise et de la gestion des données personnelles et des exigences RGPD. Elle met à disposition des clients un outil leur permettant de gérer eux-mêmes et simplement les droits de leurs données personnelles.

Au regard de tous ces éléments, il semble nécessaire pour les institutions financières, banques et assurances, de mettre en place des stratégies et outillages qui leur permettront de relever les défis du Brexit et de s’adapter rapidement aux évolutions réglementaires qui en découleraient. Les RegTechs constituent pour cela un atout majeur, car elles proposent des solutions flexibles et efficaces, tout en limitant les investissements financiers ou humains. Les institutions financières pourront ainsi, par le biais de ces solutions, tirer parti des exigences réglementaires pour améliorer l’expérience de leurs clients et s’inscrire dans l’ère de la « conformité orientée client ».

 

(1) Conclusion attendue au 31 janvier 2020
(2) Etude menée en Mars 2019 sur 181 RegTechs
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