Le 19 mai dernier a eu lieu à Bruxelles la conférence de clôture du projet FUSIONS (Food Use for Social Innovation by Optimising Waste Prevention Strategies[1]), un projet qui a réuni pendant quatre ans 21 partenaires issus de 13 pays autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’échelle européenne. Nos équipes de Deloitte Développement Durable ont pris une part active à ce projet, notamment via le pilotage d’un Manuel de quantification du gaspillage alimentaire. Dans quel contexte s’inscrit le projet FUSIONS ? Quels sont les impacts aujourd’hui du gaspillage alimentaire et quelles autres initiatives ont été lancées pour construire un système alimentaire plus sain et plus durable ?

88 millions de tonnes d’aliments gaspillés

Le projet FUSIONS est né d’une prise de conscience : celle du volume considérable de produits alimentaires gaspillés tous les ans en Europe et des impacts, à la fois économiques et environnementaux, de ces pertes. On estime aujourd’hui à près de 88 millions de tonnes le volume de denrées gaspillées tous les ans dans les pays de l’UE et à 173 kilos le total des pertes par personne et par an. Au total, 20% environ de la production agricole finirait donc à la poubelle, en raison des pertes et du gaspillage intervenant à tous les stades du cycle de vie des produits. Les ménages, la restauration et la distribution sont responsables de 70% de ces pertes ; le reste apparaît plus en amont, au stade de la production et de la transformation des produits agricoles.

Les impacts de ce gaspillage sont préoccupants. D’un point de vue environnemental, le potentiel de réchauffement global (PRG) du gaspillage alimentaire actuel pour l’UE en 2011 est estimé à au moins 227 millions de tonnes d’équivalents CO2. Par ailleurs, l’augmentation de la production agricole mondiale – évaluée entre 60 à 70% à horizon 2050 – risque d’entraîner des dommages environnementaux graves dans de nombreuses régions en raison de son intensification ou de la destruction d’espaces naturels dans l’objectif de disposer de plus de surfaces cultivées. Lutter contre le gaspillage alimentaire, c’est donc réduire d’autant le besoin de production agricole supplémentaire. D’un point de vue économique, le gaspillage alimentaire coûte à l’UE environ 143 milliards d’euros par an. Sans compter l’impact sur le pouvoir d’achat : une étude menée au Royaume-Uni par l’un des partenaires du projet FUSIONS (le Waste and Resources Action Programme) a ainsi estimé à 500€ par ménage et par an le manque à gagner représenté par le gaspillage alimentaire.

Une prise de conscience récente et des initiatives qui émergent

Face à ces multiples enjeux économiques, sociétaux et environnementaux, de plus en plus d’organisations dans le monde entier commencent à mettre en place des stratégies de prévention du gaspillage.

En France, une série de mesures de lutte contre le gaspillage alimentaire a été adoptée par le Parlement le 3 février dernier. La loi met en place une hiérarchie des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire (Art L. 541-15-4) et oblige les distributeurs à mettre en place une convention avec les associations caritatives pour distribuer leurs invendus alimentaires plutôt que de les jeter (Art. L. 541-15-5.-III).

A l’échelle mondiale, la lutte contre le gaspillage fait partie des 17 Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en septembre dernier à l’ONU dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Elle est aussi à l’origine du Food Loss & Waste (FLW) Protocol, une initiative menée par le World Resources Institute et dont le but est de permettre aux organisations (Etats, entreprises…) de mesurer de manière crédible, concrète et cohérente le volume de leurs pertes alimentaires et d’identifier à quel stade de la chaine de transformation et de consommation ces pertes ont lieu. C’est dans le cadre de ce Protocole que Deloitte a accompagné par exemple Nestlé en 2015, pour évaluer les pertes tout au long de la supply chain des produits laitiers au Pakistan. A l’issue d’une importante phase de collecte de données et d’entretiens sur place avec les équipes et les partenaires locaux, Deloitte a été en mesure de quantifier les volumes perdus et d’établir de quelle manière ces pertes étaient réparties tout au long de la chaine logistique. Le but, évidemment, est ensuite de pouvoir agir de manière ciblée pour réduire les pertes et le gaspillage là où il est le plus important.

FUSIONS : vers une quantification plus fiable et standardisée du gaspillage alimentaire

Le projet FUSIONS s’inscrit dans ce mouvement mondial de prise de conscience et de volonté d’action. Partant du constat que, malgré les progrès réalisés, le manque persistant de données fiables et comparables empêche les Etats de savoir où agir, comment, avec qui, avec quels objectifs et avec quelle intensité, nous avons cherché avec nos partenaires à quantifier de manière plus précise et harmonisée les volumes de déchets alimentaires générés en Europe. Pour mieux comprendre l’ampleur du problème, définir des politiques publiques adaptées et responsabiliser les acteurs concernés, il est en effet indispensable de quantifier le gaspillage de manière régulière, selon des définitions et des méthodologies harmonisées.

La première étape était de donner au gaspillage alimentaire une définition unique au sein de l’UE des 28, afin que les mesures soient réalisées selon le même référentiel par tous les acteurs de la chaine, quel que soit le pays et quel que soit le secteur : « le gaspillage alimentaire consiste en toute nourriture, incluant les parties non comestibles, retirée de la chaîne alimentaire pour être valorisée ou éliminée[2] ».

Nous avons également piloté la rédaction d’un Manuel de quantification du gaspillage alimentaire, afin d’aider les Etats membres à obtenir des données fiables sur leurs volumes de déchets alimentaires, suivre les évolutions de ces volumes et reporter leurs résultats de manière uniforme. Le Manuel inclut des directives pratiques que les autorités des Etats peuvent intégrer pour standardiser les approches de la quantification à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement. Il est le produit d’une collaboration étroite avec des experts et parties prenantes des Etats membres ainsi qu’avec l’équipe en charge du FLW Protocol, et a fait l’objet de programmes pilotes menés dans six Etats membres ainsi qu’en Norvège.

170 parties prenantes européennes sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement se sont déjà engagées à réduire le gaspillage alimentaire en tant que Membres de la Plateforme FUSIONS. Cet engagement et les différentes initiatives menées à différentes échelles dans le monde, sont le signe, espérons-le, d’une prise de conscience globale et une étape clé vers la construction d’un monde plus économe en ressources et plus durable.

Si ce sujet vous intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

 

[1] L’alimentation au service de l’innovation sociale via l’optimisation des stratégies de prévention du gaspillage.

[2]”Food waste is any food, and inedible parts of food, removed from the food supply chain to be recovered or disposed (including compost, crops ploughed in/not harvested, anaerobic digestion, bio-energy production, co-generation, incineration, disposal to sewer, landfill or discarded to sea)”.